20 août 2009
Se souvenir de l'Aurore
Nous avons banni les dernières barrières de la nuit.
Pas celles du fil des jours, celles nocturnes et profondes des longueurs qui nous séparent.
C’est l’aurore éternelle quand nous respirons à l’unisson, quand mon souffle retrouve enfin le tien…
Aller vers toi, c’est voir tout scintiller, c’est retrouver la lueur blafarde des étoiles comme la chaleur écrasante du soleil, c’est l’ivresse de réunir les points lumineux et convergents de toutes les clartés, c’est recevoir un à un les signes de nos retrouvailles comme des cadeaux, c’est espérer quand on en n’a plus le droit ni les forces...
L’aurore, ce sont tes bras qui m’enserrent, ta voix qui me murmure que tu es là, que tu ne me lâcheras pas… notre aurore commença bizarrement avec la nuit, c’est le lot des clandestins. Elle nous bercera dans son écrin de ténèbres, offrira des refuges insoupçonnés à nos ébats, nous repoussera sans repos d’un rivage à l’autre, nous bercera comme une la houle sur la mer, tour à tour sereine et sauvage…
Nous bannirons les crêtes hérissées qui jalonnent nos routes, nous renverserons les obstacles car rien n’est infranchissable lorsqu’on est si proches… parce que tu m’as fait une promesse, tu te souviens ? Celle de me tirer de ma nuit, toi qui n’aime rien tant que briller et m’élever dans ta lumière…
Dans l’attente de nous, je vis des matins bleus un peu pâles, je tourne et je vire, j’ai envie de tout souligner d’azur, de surligner même !
Puis elle advient au cœur d’une chaude matinée, ta présence, celle qui peint de couleurs vives tout ce qui m’entoure, celle qui dessine même mon sourire… qu’il peut être grand le pouvoir de l'être aimé au détour de quelques pages insignifiantes ou simplement au bout du fil !
Encore ce matin, mon regard s’égare sur ces pages d'errance, les bouteilles qu’on s’est jetés au fil de l’onde…
Le jour est là. Et moi j’attends la nuit, tout ce qui peut me rapprocher de mon aurore… ardemment.
C’est toujours trop peu de nous mais c’est indispensable.
Les brumes froides au sommet des collines au loin se sont estompées, la chaleur estivante s’installe, voile d’une poudre chantante tous les reliefs et les contours de mon paysage mouvant… je n’ai qu’à clore à demi mes cils pour que tout se puzzle et se détourne, pour que la mer à l’horizon se teinte d’indigo, pour que l’ouest s’ébauche comme si je n’avais qu’un simple ruban bleu à traverser. Les distances s’abolissent dans un murmurant silence.
Nous serons là. Bientôt.
Nous sommes là, dans une chambre d’hôtel dont je ne perçois pas l’agencement.
Juste nous, posés là, arrimés l’un à l’autre, sculptés au drap de coton frais, chiffonnés, échevelés. Heureux.
Sous la lampe depuis longtemps refroidie, s'éteignent les ultimes soubresauts de nos corps, nos rires se chuchotent désormais dans une torpeur lancinante.
J’aime cette aurore, celle où le jour recouvre chaque chose de simples rais timides à travers les persiennes qui resteront closes, celle qui n’appelle pas l’éveil parce qu’on a le temps, celle qui laisse à la nuit encore féconde ses souvenirs diaboliques et la possibilité de nous reprendre et de nous emporter, sans fin…
Je veux dormir le jour, aimer et danser toute la nuit, je veux la quiétude des réveils sans horloge, le chant des cigales qui nous berce, la sérénité d’un ombrage sur nos peaux nues, le balancement d’un hamac et le ressac de l’eau, la brise que laisse filtrer tes doigts, la douceur de tes lèvres qui effleurent ma nuque, des je t’aime à l’infini…
Nous partirons. Chacun dans nos sphères.
Et je veux laisser nos traces aimées et aimantes sur la froideur cassante des objets du monde, juste nos chaleurs d’alcôve goûtées, exaltées, éphémères. Je veux les rendre témoins futiles de la force de ce qui nous a unis… pour garder encore un peu au cœur et au creux des larmes l’indicible bonheur de l’instant, aussi fugace que le premier rayon de l’aurore.
Cara Mia
05 mai 2009
Souviens-toi…
Souviens-toi…
Je découvrais ton chez toi.
Souvenirs duels, duel de délices, double-anniversaire aujourd’hui.
C’était si euphorisant de pénétrer ton décor intime. Un peu comme une caresse avant les vraies. Nous venions de parcourir en diagonale les rues de la ville, toi au volant qui me servais de guide, et moi qui en prenais plein les yeux, plein le cœur. Oui, je suis tombée amoureuse de ton pays, de la joie de vivre qui y palpite pour exacerber encore la beauté et le caractère de chaque lieu.
Souviens-toi, nos regards qui s’accrochaient à peine… ne pas se river au risque d’oublier le monde, le temps et les choses. Danger sur une route si agréable mais si longue à parcourir avant de se retrouver vraiment.
Souviens-toi de nos mains qui cherchent à se réapprendre, du silence plein de frissons et d’yeux mi-clos en voile de plaisir qui a suivi…
Je me souviens…
Encore secouée de spasmes, les jambes flageolantes, je me retenais un instant au bord du lavabo de la salle de bains. Tu te profilais, te rapprochais immense, derrière moi. A cet instant-là, la caresse la plus émouvante fut celle de ton regard : avant même le refuge de tes bras qui m’ont encerclée, tes yeux m’ont possédée dans ce miroir.
Souviens-toi… notre reflet, ensemble, liés.
J’ai songé « nous »
Des larmes-sourires me sont montées aux yeux.
Souviens-toi… Toi seul as su me faire pleurer de jouissance…
Cheveux collées, décollés sur les tempes, baiser tendre et langoureux au creux du cou, chaleur de tes mains sur mes seins encore tendus. J’aime ces pauses, fleurs de tendresse accrochées aux marques rouges de notre désir, à même la peau.
Dentelles chassées on ne sait où, la nudité est naturelle entre nous, plus de jeu puisqu’on a retrouvé et uni nos ventres, nos âmes.
Tu es beau, j’ai parfois envie de te le dire davantage… mais tu sourirais avec cet air convaincu qui m’agace. Evidemment, mon regard ne te le répète que trop.
Et puis je me sens belle dans tes bras… enfin.
Le reflet du miroir renvoie cette image fugace, trop parfaite certainement, mais si évidente… celle de chacun de nous à sa vraie place.
Souviens-toi que nous l’avons contemplé sans rien dire ce tableau de nous, dégusté comme un mets de choix trop longtemps attendu au palais de nos faims, un vin qu’on a su faire vieillir avec patience et gourmandise.
Puis, les secondes émues se sont faites charnelles…
Souviens-toi de mes lèvres frémissantes quand j’ai senti ta virilité se presser contre mes reins cambrés, assoiffés de vertiges… de ma tête penchée en arrière, attentive à ces mots rien qu’à nous que tu as murmurés au secret de mes premiers râles… de cette douce chaleur qui nous a embrasés à nouveau, toujours renouvelée, toujours réinventée…
La lumière s’est voilée, les paupières en extase, les sens à plein régime.
Souviens-toi que ce miroir s’est fait la fenêtre d’un autre jeu, que mes fesses érigées rageuses t’ont cherché jusqu’à ce que ton sexe demande grâce…
Jusqu’à ce que tu…

photo empruntée chez Senserotica
Souviens-toi…
Je découvrais ton chez toi.
Souvenirs duels, duel de délices, double-anniversaire aujourd’hui.
Je déteste les « remember »… enfin, en général, quand il n’y a rien derrière, que de la mélancolie et de fausses promesses.
Je déteste les « remember »… enfin, pas ceux-là, pas les nôtres.
Parce que nous savons les rejouer au présent.
Et qu’ils éclairent l’avenir.
Cara Mia
16 janvier 2009
Le derrière de l’amour

Photo de Dimitry Martinson trouvée chez Angerotica
J’avais toujours eu tendance à me cacher, j’ignore pourquoi. Sans doute de vieux complexes et le vice de certains regards appuyés, de ceux qui salissent.
Mais avec toi c’était différent, tout était différent. J’étais presque fière lorsque après l’amour, je me dressai alors, conquérante et conquise, drapée de nacres humides et de traces rosées, l’empreinte possessive de tes membres, du don de toi.
Nos regards complices en disaient plus que chaque mot, chaque vaine promesse. Il n’y avait de promesse que dans l’instant d’après.
Nous passions des nuits et des journées à nous aimer, sans pendule, ici ou là, chez toi ou chez moi, de voitures en chambres d’hôtel, de nids d’amour en recoins improvisés.
Ce matin-là nous avait encore éveillés à l’aurore avec des appétits de gamins insoumis. Tu voulais faire de moi la plus heureuse des femmes et tu y parvenais. Quand tu étais là…
Ce matin-là, nos sourires espiègles et nos jeux avaient effacé le bruit de la pluie au dehors.
Je me lève enfin, nonchalante. J’aurais pu dissimuler mon visage sous mes cheveux, emporter une relique de tissu pour y nicher mes fesses… mes fesses. Oui, tu les aimes, tu ne t’en sentirais même pas coupable ! Moi je me débine avec ta friandise que je darde un instant, malicieuse, devant ton visage apaisé.
- Tu veux me parler comme font les amoureux ou bien causer de la levrette ?
Je n’attends pas ta réponse et m’enfuis dans la salle de bains.
La porte claque. Je ne sais si tu vas me rejoindre, tu es si imprévisible quand je te lance une invite : tu es capable de me faire languir pour mieux décupler ma faim !
Mais peu importe… je suis bien. Les yeux clos, je déguste les parfums de stupre qui s’exhalent de mon corps avec l’eau tiède. Je suis nulle en chimie mais ça doit porter un nom. Ça m’envahit, ça ressurgit, ça se mélange avec les images de chaque geste d’impudeur encore si frais. Le pommeau de la douche devient comme une fontaine de nous, je m’en lècherais presque les doigts !
C’est sucré et doux, comme une pluie d’été, comme ce souffle plus frais que je sens tout à coup sur ma nuque, comme le frisson qu’il allume et qui parcourt ma colonne vertébrale… je la voudrais interminable quand tu es là, derrière moi.
Et pourtant, elle s’arrête ici, au bas des reins.
Et ton souffle aussi.
L’attente est démente. Je ne bronche pas.
Le vrombissement de l’eau, le clapotis mélodieux d’un robinet mal fermé, mon cœur qui cogne dans chaque cellule de mon corps. C’est toujours ton souffle qui s’insinue dans la raie de mes fesses, qui me fait déjà l’amour…
L’onde ruisselle, tes mains me saisissent brusquement aux hanches, je me noie, cambrée vers cet infini d’où surgira ta langue ou ton sexe mais bon sang, que tu me prennes !
Tes lèvres me boivent, tes doigts me fouillent puis m’agacent à peine, sadiques, l’univers peut bien tanguer, il n’a plus ni queue ni tête, notre apocalypse est une pluie de joie !
Tu n’as de cesse de t’éterniser dans tes pauses, tu m’observes me tendre, m’embraser, danser devant toi, m’offrir dans des râles que tu t’amuseras à imiter ensuite, lorsque nous rirons ensemble de mes pertes de contrôle.
Et Dieu sait si je t’aime ! Même si Dieu s’en fout…
Ce ne serait pas si fort si nos bouches silencieuses n’étaient pas chargées de tous ces mots d’amour silencieux devenus inutiles, ceux qu’elles savent si bien mimer.
Mon derrière ne viendrait pas à ce point à ta rencontre, plein et délié, esquissant déjà des soubresauts d’anticipation.
Crucifiée, pendue aux carreaux glissants, il me semble renaître lorsque tu m’envahis enfin.
Tu as toujours su me délester de toutes mes armures dans ces moments-là.
Et moi, ai-je su ainsi te nourrir, ai-je tourné la clef de tes silences ?
Ta bouche s’amarre enfin au creux de mon cou.
Soupirs conjugués.
Plus tard, tu me diras que tu as entrevu le cul du Ciel !
Cara Mia
23 novembre 2008
Mords, scelle-moi !
La mémoire a ceci de troublant comme d’amusant, elle photographie d’infimes détails et nous les repasse, en diaporama, en succession de flashes immobiles, ou juste frémissants…
Pas de film à dérouler, patiemment, les souvenirs affleurent, par vagues, par bouffées chromatiques. Si l’on ne fait pas l’effort de logique, de reconstruire…
Un grain de peau, de beauté, de folie.
Une odeur virile, une saveur salée au recoin d’un territoire à explorer, encore, toujours.
Un quai de gare tout poudré de soleil.
Mes talons claquent si vite que mes pas ne pourraient même pas impressionner une pellicule de sable.
Il fait froid. Un froid vif et piquant, tout neuf. L’été à peine enfui chez moi est mort depuis longtemps ici. Mais cette grande ville du nord m’offre son plus joli aspect pour une rencontre. Las, les clichés de gris et demi-pluie, je la découvre comme une amante complice et elle me sourit de mille visages, affairée, énergique.
Des jours très très longs, des nuits à n’en plus finir nous séparent… et pourtant tu es en moi, chaque seconde, et je me rapproche de toi comme si je t’avais quitté la veille, insouciante.
Tous ces chiffres, ces cartes, ces itinéraires, ces codes à retenir, à pianoter pour se retrouver ! Ma mémoire les efface aujourd’hui et j’ai même besoin de fixer mes beaux moments en mots de peur qu’elle ne les estompe aussi dans un grand ressac inopiné.
Elle te fait le coup parfois, dis… tu te souviens ?
C’est aussi pour cela que je tiens à ce jardin secret de mots et d’images.
Clic-clac !
Instantané sur nos visages qui se font enfin face, tes yeux plantés dans les miens avec cette lueur si… une fraction de seconde que je me repasse en boucle… ne pas oublier ton regard perçant, avide, si plein de l’essentiel, notre histoire, nos envies à venir.
Ton regard, oui. Celui-là, qui m’englobe comme les mains qu’il précède, qui me pétrit de frissons doux et violents, qui me pénètre plus sûrement que ton sexe ne le fera jamais…
Ton regard qui me happe, qui m’implose, qui me diffracte au prisme de ton désir, impérieux, sans équivoque.
Ton regard multiple qui prend tout de moi, qui me mord, qui m’éparpille aux quatre vents.
Ton regard, à tes amarres, qui me scelle.
Ton regard qui me morcelle.
L’espace d’un instant-pulsion, je ne suis plus qu’une poupée sous ces yeux-là, démembrée, pantelante, offerte. Puis mon corps capricieux qui te réclame, encore, encore, toujours plus, plus fort, plus loin, plus longtemps. C’est d’un banal à crever, non ? Pour les autres peut-être, mais moi je veux bien en crever chaque jour, chaque nuit… de petites morts !
Cet éclat silencieux et profond aussi, celui d’après l’amour.
Dans notre bulle bleue de soupirs à peine éteints, nous refaisons doucement surface. L’incendie court encore sur les murs de papier qui ont cette pauvre audace de paraître blancs et hermétiques. De l’autre côté du couloir ce matin, tu m’envoies quelques douceurs que je vais manger comme ça, nue, assise en tailleur à même le couvre-lit, comme une enfant gâtée. Sourire gamin, confiture de fraises, miroir menteur… non, je n’ai pas mon âge, pas aujourd’hui !
Le sourire qui se fixe sur ma joie bavarde, sur ma langue qui joue sur ma lèvre inférieure, celle que tu as mordue avidement cette nuit-là, jusqu’au sang, jusqu’aux larmes, emportés de passion que nous étions…
Le sourire espiègle de 6h du mat', celui qui s’est vite mué en fou-rire partagé lorsque notre voisine inconnue, excédée d’avoir été réveillée, a frappé à la cloison. Non, je ne peux retenir mes cris, tu dois les boire à même mes lèvres !
Les sourire des autres, ceux que je croise de temps en temps, ceux qui glissent sur nous, qui ne peuvent que comprendre, c’est si évident…
Carte postale, les pavés bruns de la vieille ville, nos pas qui se règlent car tu m’enlaces étroitement pour marcher, je suis frigorifiée ! Je ne veux rien voir que le bout de nos chaussures, je me réfugie dans ta chaleur, dans ton odeur, presque aveugle, confiante.
Carte postale, la Petite Cour d’un restaurant chaleureux, le parfum entêtant et vaporeux des roses Roxane. Je caresse du bout des doigts leur liseré écarlate, pétales blancs rougissant, enivrés… comme je le suis un peu.
Carte du Tendre, décor dépouillé, suite de reine… le jet d’eau brûlante sur nous. Je n’ai d’autre horizon que ton sexe. Ton plaisir qui est le mien. Comme ce dernier matin sous le drap, je me caressais encore, seule, pendant que tu prenais ta douche… j’avais ton sexe devant les yeux, persistance rétinienne…
Et toutes ces images glissent, sournoisement, mon corps se puzzle, chaque parcelle s’anime, autonome, à ton souvenir.
Un grain de peau, de beauté, de folie.
Une odeur mâle et femelle, un mélange doux-amer persistant, notre empreinte.
Les gares se succèdent, temps lourd, le bruit du train me berce.
Je passe distraitement ma langue sur ma lèvre tuméfiée… Sauvage !
Je ne ramène pas que ça… Mes yeux se ferment.
Je me sens disséminée, éparpillée depuis toi.
Quelque part là-bas, au bout du rail, tu me souris, tu me rassembles.
J’ai chaud.
Cara Mia
14 octobre 2008
Orangé de lune
Je me sentais vierge ce soir-là. Vierge de tout, vierge de mots comme de gestes, vierge d’envies tellement nos fantasmes s’étaient épuisés à s’entrelacer, se superposer, se fondre.
Il ne restait plus qu’à entrer, faire… vivre.
Je voulais de la musique, du vin, des ombres, des mains, de la peau douce et parfumée, un sexe profond, humide et chaud à faire trembler, une chambre orangée… un reflet ambré de ma féminité, des rires, des murmures… et toi, toi qui ne me vois pas, toi qui me regardes !
Une envie qui se nourrit de toi, une envie qui ne serait pas aussi grande sans toi au bout.
Une soirée de rendez-vous avec l’inconnu. Fébrile, vierge d’expériences mais pas d’intentions.
Mes talons ne claquaient plus maintenant que nous étions sur la moquette épaisse du couloir menant au bar et à la piste de danse. Ton bras ne serait plus ma taille effarouchée, tu t’étais fondu dans un décor de pierre et de chandelles complices. Je me sentais irréelle, évanescente, et pourtant tant de regards qui me disaient charnelle ! La lumière noire orchestrait un bal de chemises blanches sans visage. Une peur… peur que l’on se noie dans cette cohorte de libertins inconnus, peur que je devienne transparente. Mais ton regard de rapace me tient comme le plus sûr des liens. Et c’est bon la peur, quand c’est celle de jouer à se perdre pour mieux se retrouver…
Des liens… je ne porte que ça ! Il me semble que ma longue robe seconde peau n’est qu’une immense corde caressante. Vierge, vierge de ces apparats si peu familiers, vierge de lycra noir qui rit à la lune rousse, libérée…
- Elle te bouffe des yeux…
- Comment ? Qui ?
- Ma parole, tu ne peux pas porter de lentilles ! regarde, là, la jolie brune, jupe courte, petits seins, grand sourire…
Je l’observe se rapprocher pendant que tu t’éloignes. Elle est belle. Naturelle, pas très grande, une bouche bien dessinée, des yeux rieurs, presque innocents. La seule fille qui semble avoir ma trentaine ici. Je lui rends son sourire. Je me retourne, tu as disparu, semble-t-il. Mise à feu. Elle me souffle son prénom. Son homme non plus n’est pas loin, les ententes sont tacites, rien ne se dit, chaque geste est un code et je l’apprends sans effort.
Je me détends progressivement, nos mots de femme nous apprivoisent, une discussion de salon de thé au milieu de regards sans équivoque. C’en est troublant. Tu accentues ce trouble tout en me rassurant en me frôlant dans la pénombre du bar, pression de ta main puissante et possessive sur ma hanche, baiser léger et furtif au creux de mon cou. Frisson de promesses. Et tu t’évanouis à nouveau.
Aucun âtre mais des flammes orange qui dansent, partout, je les sens me lécher des chevilles au creux des cuisses, affoler mon ventre. Les vois-tu, les sens-tu de tes hauteurs ?
Elles se font musicales, lyriques et pourtant chaloupées.
Pam Pam Pam… mon cœur cogne au rythme lancinant des basses, s’affole à celui des doigts d’une grande femme blonde qui s’attarde contre la peau nue de mon dos en passant derrière moi. Clin d’œil coquin. Je ris à gorge déployée, tu me bois avec ton verre de whisky, assis dans un fauteuil club, là-bas, en face de nous. J’ai envie de te surprendre. Les couples se succèdent au jeu de la danse sur un podium. La brune ne m’a pas quittée, elle devance même mon impulsion et m’entraîne avec elle sur l’estrade. Nos corps s’enroulent autour de la barre chromée, le brouhaha s’estompe, la musique me prend, la danse m’envoûte, comme à chaque fois. Alternativement, je virevolte et m’effondre au sol, frémissante, face à elle. Nos mains, nos lèvres, nos hanches s’effleurent et se repoussent langoureusement. Les autres n’existent plus, ainsi je n’ai plus de pudeur, tu m’enlaisses, je l’enlace pour t’exciter davantage, tu ne regardes que moi, je le sais.
Nous sommes seuls, un instant, un seul, au cœur d’un vertige de guitare exaltée. Pam Pam Pam…
C’est munies de fines coupes et d’un seau à champagne glacé, récompense de notre petit numéro, que nous montons à l’étage… chemin de ténèbres pavé d’indiscrètes petites bougies blanches. Des buées et des chuchotements nous parviennent de la cour intérieure d’une grande pièce magnifique au centre de laquelle bouillonne un jacuzzi qui répand sa lumière bleutée, incongrue dans l’ambiance feutrée et carminée. Nos corps de femmes s’alanguissent, entièrement nus, sous l’eau chaude. Du haut du balcon circulaire, enrobé de volutes de vapeurs et de musique douce, je sais que tes yeux attentifs nous accompagnent, tu me vois déguster le liquide d’or à petites gorgées, tu nous devines nous rapprocher, incrédules et pourtant excitées.
Mes yeux qui ne voient rien mais qui savent causer te racontent subrepticement que nos jambes s’entremêlent sous les gros bouillons, que le couple en face de nous nous sourit, que nos coquineries sont sous-marines, que mes seins durcissent, que ma main caresse ses fesses soyeuses, qu’un de ses doigts s’érige dans ma fente palpitante… J’ai envie de ses lèvres. Je joue à te le montrer sans le faire. Pour la première fois pourtant, alors que nous serons debout et encore trempées sous nos serviettes chaudes, au centre de la pièce, je répondrai à son étreinte frileuse comme à ton regard impérieux en m’emparant de sa bouche veloutée, goûtant rêveusement à ces plaisirs saphiques au doux parfum d’interdit…
Espiègles, nous savons que nous sommes vues, par beaucoup. Mais nous n’avons pas peur, les femmes sont reines ici.
Je rêve de te faire rougir, de la faire rougir, de me faire rougir, de faire rougir son homme de la voir ainsi … de nous troubler au-delà de tout ! Mon esprit s’embrume, les petites flammes dansent comme les bulles, j’ai envie de gémir… Pam Pam Pam…
Une faible lumière orangée traverse l’alcôve capitonnée de pourpre et de sky bruissant. Le désir brumeux et les vapeurs qui nous imprègnent encore inondent la pièce d’une intime ambiance cramoisie. Allongée sur le dos, je crois que j’écarte déjà impudiquement les cuisses, elle se dresse devant moi de toute son audace. Ils observent depuis la porte. Tu es là aussi, ton verre à la main, apparemment imperturbable mais tes yeux sont vrillés aux miens. Je joue avec ton regard qui me tient à tes amarres. Je sais ce que tu veux et je le veux si fort…
Ta main s’attarde fugacement entre tes cuisses, tu souris, carnassier, juste avant de fermer la porte.
Et elle glisse au sol, là, juste là, sur cette mousse profonde que je foulais de mes pieds nus. Mes bottes à lacets gisent déjà, abandonnées dans l’entrée, elle y laisse aussi ses escarpins vernis. Sur le mur ocre à gauche, des trous sombres, grands comme des têtes, des mains, des yeux s’y attardent, nous le savons, juste le temps de se remplir les songes de ces visions indécentes, impudique à savourer. Vision d’elle accroupie, les reins cambrés. Lorsque sa langue entame sa folle sarabande, j’aimerais que mon sexe soit déjà douloureux de toi ! Je m’abandonne, une jambe tendue contre le mur indiscret. Visions mélangées, kaléidoscope de fruits mûrs que l’on débarrasse de leurs étoffes et que l’on déguste jusqu’à la chair, juteuse, vivace… sa jouissance métallique enfin recueillie sur le bout de ma langue, un nectar au goût de victoire. Et puis elle se redresse et ouvre la porte, j’acquiesce du bout des cils. Son homme se profile derrière elle, tendu, ténébreux. Je me détourne et te tends la main. Tu fonds aussi sur nous, enfin rendu à tes envies si longtemps différées, promesse de revanche nocturne plus vive, au parfum de luxure. J’arrache ta chemise blanche, je libère ton sexe nu de toute entrave de la seule prison de ton pantalon.
Je suis vierge, vierge de toi ! Toujours comme la première fois, quand j’ai tant envie que mon sexe est rétractile, serré. Nos yeux ne se sont pas quittés, tu passes un doigt attendri sur mes joues fiévreuses, mes lèvres entrouvertes sur un spasme impatient.
J’entends ses râles à elle comme étouffés, lointains, elle vit aussi des retrouvailles avec son Il, face à moi, béate mais active. Toi tu guettes d’une main experte les soubresauts de mes hanches qui s’accélèrent sous sa langue.
Lorsque son souffle à elle se glisse alors hors de ma lune, tu me possèdes enfin, tu me fais l’amour comme jamais !
Cara Mia
14 septembre 2008
Sanguine
J’avais rêvé d’un amour que je n’avais jamais connu…
De ces foutus moments de bonheur qui ont des parfums de perfection… imperfectibles !
De ces instants aveuglants si intenses que l’on ne peut accepter aucune tâche, aucun délavé. Ni pâleur, ni tiédeur.
De ces parenthèses où l’on se sent transporté aux cimes rien qu’en partageant un bout de trottoir, où la moindre étoffe immaculée a des reliefs de noces païennes, où l’on n’a envie de voir, de sentir, de toucher personne d’autre, où même les gens qui comptaient s’effacent, où les cinq sens convergent et se fondent en un seul, où tout notre être tend vers l’autre… absolument.
Je suis comme ça. Sanguine.
Et je ne me connaissais pas.
Je ne savais pas que la vie pouvait prendre la couleur profonde et rouge des songes les plus audacieux.
C’était un rêve.
Peut-être.
Sa main caressait nonchalamment la mienne dans ce bar bondé. J’avais le vertige, déjà, bien qu’aucun alcool ne soit en cause. Il ne me regardait pas, il conversait avec une de ses connaissances, moi aussi.
Mais je savais, je sentais que notre monde perceptible se limitait à ces frôlements clandestins, à ces influx électriques si précis, peau contre peau, ses doigts jouant avec les miens, ma main remontant tout doucement le long de son poignet, mimant le geste de possession de son intimité qui me taraudait depuis des heures.
Regard en coin, demi-sourire… c’est tout.
Soudain, la foule se fait plus dense, je suis plaquée contre lui. Son autre main s’égare, protégée par l’anonymat des corps enfiévrés. Je tends mes fesses moulées dans un jean blanc contre son bassin, furtivement. Assez pour qu’il devine à ce mouvement mon cœur emballé, mon sexe ouvert, humide, impatient. Il fait de l’esprit, ses yeux se plissent, il rit de je ne sais quoi, mais le sait-il lui-même ? Il bande, je le sais, la tension de chacun de ses muscles que je sens frémir, si proche, me le dit. Lorsque ses doigts quittent ma main et parcourent mon entrecuisse, de plus en plus précis, je défaille déjà, prête à jouir, là, debout devant tout le monde. Mais il sait faire durer le plaisir, ses lèvres me frôlent, les braises rougeoient, il n’y a plus que du rouge autour de moi, mon cœur écarlate ne s’encombre plus de pastels.
Nous ne nous échangerons pas un mot, nous savourerons comme un élixir suprême le silence assourdissant de nos désirs chevillés sur une partition muette que nous connaissons par cœur.
Plus tard, dans la chaleur pressée de cette nuit d’été, sur le capot brûlant d’une voiture, sur les rochers d’une plage déserte ou sur l’accoudoir du canapé… si nous y arrivons… Il se glissera entre mes jambes pour orchestrer ces ondes capricieuses au creux de mon ventre.
Sa langue experte viendra les chercher, les exalter, me faire trembler puisque c’est comme ça qu’il m’aime, frémissante et possédée, entièrement.
Attentionné, amoureux, il ne cessera que lorsque j’aurais joui une première fois, ouvrant le feu d’une nuit si lumineuse pour deux amants de l’ombre.
Il me dira qu’il me veut à tout jamais et rien qu’à lui, je le lui promettrais, brutale, entière et confiante.
Il me dira qu’il veut me prendre, maintenant et encore, toujours.
Je lui dirai de le faire.
Et de me garder.
Surtout
Cara Mia
27 août 2008
Flash-back
Elle se réveilla ce matin, alanguie.
Une envie de lui dans le creux de son ventre, comme un poids, obsédant, tenace…
Le soleil était déjà haut, sa main caressait son ventre chaud, ses seins tendus.
Elle se souvenait sur le palier d’un hôtel, il l’avait effleurée, déshabillée, entièrement.
Les portes qui s’entrouvraient, son sourire à lui, ses rires à elle…
Sa main se porta sur son sexe, caressant sa fine toison
Lui dans l’escalier en cette nuit de juin, ses mains sur ses fesses nues qui se tendaient pour goûter la caresse.
Ses doigts qui s’immiscaient dans son intimité, au plus profond, doucement comme un prélude.
Ses doigts qui caressaient son clitoris, descendant sur sa fente, si vite entrouverte.
La porte de la chambre s’ouvrit, chaleur humide, fenêtre grande ouverte.
Nue, elle regardait la cour, les lumières des autres chambres.
Immobile, elle sentait les mains de son amant courir le long de son corps déjà enflammé.
Il lui banda les yeux, l’emmena vers le lit, aveugle volontaire dans un pays de volupté.
Sa caresse devenait plus forte, plus rythmée, elle se saisit d’un lapin coquin pour accentuer son souvenir.
Ses mains, sa bouche, son sexe jouaient avec son corps incendié par ses caresses plus longues, plus précises, plus fortes.
Il dirigea sa tête vers son sexe érigé qui lui flattait la joue avec une dureté frémissante qui lui irradia le bas-ventre.
Le jouet déclencha un premier orgasme violent, soudain, qui lui arracha un cri rauque, elle se cambra encore plus, comme s’il était là…
Elle aimait découvrir ce que voulait son amant, juste guidée par ses mots ou ses mains.
Il se glissa sous-elle, il la pénétra, lentement, faisant durer le plaisir et son attente à elle.
Elle le laissa rythmer leur danse de nuit, ses gémissements s’enfuirent, bruyants, par la fenêtre toujours grande ouverte.
Elle n’était pas rassasiée, l'objet magicien de son corps poursuivait sa course jouissive, sa main trempée le serrait de plus en plus fort.
Sa tête explosait, elle jouissait en cascade.
Son sexe d'homme, chef d’orchestre de cette sarabande orgasmique, refusait de se rendre et continuait de faire rouler des torrents dans son ventre de femme.
Ses cris au travers des murs de papier égayèrent et colorèrent la nuit de leurs voisins de chambre, qui jurèrent, crut-elle, en allemand…
Son second orgasme la laissa vidée sur son lit, rêveuse, cuisses ouvertes, encore ruisselante de ce plaisir d'été.
Alors elle sourit et saisit son téléphone pour le lui faire partager…
09 juillet 2008
Instants soleil
Allongé nue sur la terrasse carrelée, le soleil m’écrase depuis des heures…
Les yeux plissés par le vent qui se lève, il me regarde. Je le vois sous mes lunettes noires. Je ne bouge pas. Dans son regard, des dizaines de refrains, les couleurs chantonnent, je pourrais le jurer. Je ne les connais pas mais je les entends…
Chanter avec lui la mélodie d’un éternel été.
Le temps se fige. Frissons.
Son regard s’étire alors, fond sur moi comme un rapace effronté et gourmand.
Ses paupières s’écartent légèrement et je devine la flèche qu’il darde, promène de ma nuque à mes reins, de mon intimité à mes seins… Impudiques. Danse silencieuse des doigts promenés en songe, du bout des cils… Je lève mes yeux pour tenter de capturer et de fixer dans ma mémoire ce long trait bleu, l’immensité océan de son désir. Un instant volé… je sais bien pourtant que rien de lui ne peut être gardé à jamais. Seuls les souvenirs demeurent liés, enchaînés aux intentions dévoilées, enfin avouées, jamais reniées.
Bâillonnée d’attente, je sens courir la brise excitée sur mes joues, mes cuisses brûlantes.
Lui avance enfin, esquisse un geste, à fleur de peau, ma peau qui l’aimante, sa peau, mon amante…
Il pointe un doigt inquisiteur entre mes seins, là où la chair est lumière, perlée de sueur.
Je lève mon visage vers lui, j’adore le provoquer d’un petit rictus de mes lèvres rieuses, je fais mine de le repousser mais un grognement félin m’intime la patience. Ayant volé un peu de ce bleu avide à son regard, je l’emporte et me réfugie sous mes paupières, offerte. Du bout des doigts, il me dessine, il me caresse. La corolle de mes désirs se déploie lentement.
L’instant se prend, se répand, s’apprend.
Le silence a des couleurs infinies qu’il ne faut pas mélanger. Ne pas bouger. Pas encore…
La musique semble sourdre des pores mêmes de sa peau à lui… sea, sex and sun, il me l’a déjà murmuré, c’était l’hiver pourtant.
Chaleur, effluves, douceur électrique. Les yeux clos, je sens son ombre se profiler et refroidir furtivement mes courbes alanguies, je le situe, je l’attends. Ses mains se sont perdues, mes reins se soulèvent à leur rencontre. Envie de crier mon manque, lui dire combien j’ai envie, besoin d’être investie de son amour, pleinement, totalement. L’entend-il, le sait-il ?
Froissements d’étoffes. Son corps chaud comme un fruit des cimes glisse au sol près du mien, sa bouche m’offre la plus subtile des sarabandes. Mes tempes cognent au rythme de nos cœurs qui s’invitent au diapason. J’ai peur de le voir et de laisser s’échapper ce bleu précieux, de le rendre à l’azur qui nous surplombe, aux souvenirs déjà.
Saccades bourdonnantes, ses doigts ne cherchent plus, ils accompagnent les mouvements lascifs de mon bassin. J’explose, je rugis, j’exulte… Je me révolte. Le présent va-t-il déjà passer comme une saison ? Le soleil éclate dans mes yeux, je me redresse, élastique, je le surplombe.
Tremblante du feu qui me consume, de l’or qui semble couler dans mes veines, je le renverse sans peine au premier mouvement. Je l’ai retrouvé, il est à moi, peu importe la saison ou la musique, nos mots n’ont pas de voix.
Indécent et beau comme un dieu offert à la morsure de l’astre du jour, je le recouvre, consentant, de ma tendresse fébrile. Peaux qui se collent, moiteurs fruitées défendues, goût salé des baisers les plus osés…
Il a saisi mes hanches, envahi mon ventre qui ronronne sous ses assauts indomptés et puissants, toujours plus loin. La Grande Bleue capricieuse, soumise au vent qui la malmène, nous accompagne de son ressac complice. Je la vois par-dessus son épaule, scintillante sous le soleil qui y plongera bientôt. Lorsqu’il s’effondre, lumineux, sur mon corps déjà repu, nous n’avons toujours pas dit un mot.
Combien de temps sommes-nous restés ainsi… ?
Jusqu’à ce que les étoiles s’allument et le froid nous dérobe. Sur la Grande Toile, nos silences en avaient accroché une nouvelle.
Cara Mia
29 mai 2008
Elle et mon Il
Quand il me possède, quand il me caresse…
Ses mains se sont parfois faites douces comme celles d’une femme.
J’aime ces alternances, et il le sait.
Et de temps en temps, je rêve d’elles... je me souviens… ou j’anticipe, qui sait ?
Du bout des doigts, elle a commencé par effleurer ma peau.
Je n’ai jamais eu la patience de me limer correctement les ongles : elle sort une lime de son sac à main et me souffle « je m’en occupe, laisse-moi faire, tu vas voir… »
Et nous bavardons de tout et de rien pendant que… ses mains courent sur les miennes, tour à tour légères et audacieuses, échos de ses regards appuyés ou fuyants, un mime d’étreinte.
De leur dos aux paumes, elles glissent habilement, enserrant parfois mes poignets fins... J’imagine d’autres glissades pendant que son babil délicieux m’envoûte, sur la peau si sensible de ma cuisse, ses mains si douces remonteraient, s’égareraient... Parcours de frissons de l’intérieur du genou vers…
Elle poursuit son ouvrage, sérieusement. Et je n’entends plus rien. Mes yeux papillons bondissent de ses lèvres tendres aux folles lianes brunes qui encadrent son visage espiègle, ils butinent un instant son charmant petit nez qui bouge légèrement quand elle parle.
Je lui en fais la remarque, elle rit, rougit légèrement.
Une alcôve.
Nous sommes trois... Il est habillé. Nous deux beaucoup moins. Il s’embusque, félin, un peu en retrait, sans pour autant se faire oublier… je sens leurs deux parfums si différents flotter autour de moi. Pourquoi le désirer, la désirer, seraient incompatibles. Leurs fragrances m’enrobent, me charment, me sucrent et me salent… vertige de leurs envies de moi. Je ferme les yeux, elle m’attend, je ne sais plus où donner des lèvres…
Je l’ai désirée toute la journée, sans vouloir consciemment que quelque chose se passe. Mais faut-il laisser prise à sa raison ? A l’heure qu’il est, j’ai envie de ses mains sur moi, de la caresse de sa bouche, c’est tout naturel, je n’ai même pas le goût de l’interdit… et ça me brûle.
Il n’est pas là mais si présent, dans ma tête, dans mon cœur. Je sais qu’il approuve, qu’il ne souhaite que ça : que mon cœur, que mon corps exultent, que je ne l’aimerais que mieux, épanouie…
Et là, je suis bien, détendue sous ses mains qui se perdent maintenant sur tout mon corps dans un massage terriblement sensuel, sous prétexte d’hydrater ma peau. Je sais que je ne me rhabillerai pas, du moins pas tout de suite. Elle le lit dans mes yeux bavards. Je ne dis rien.
Détendue… et si tendue à la fois !
Tendue de délicieux frissons-prémices, de crainte de frustration, de ce désir retenu de caresser les contours de son visage, là, maintenant, de l’attirer à moi, de goûter les fruits de ses chairs.
Elle est ma complice, belle et forte, à la fois un peu de ce que je suis et ce que j’aimerais être, une pensée que j’effleure de plus en plus au fil des jours, sans besoin d’ivresse, l’autre face d’une pièce lancée en l’air à la gueule du destin et des bien-pensants… il est mon Il, mon amour, ça ne changera pas, même si je trouve mon Elle.
Elle m’a émue, bousculée de tendresse.
Et maintenant, mon corps l’aime déjà…
Nous sommes si proches sur ce drap. Situation saugrenue : elle est encore tout habillée, moi en tenue d’Eve. On se taquine, on joue, on étouffe des rires. Sans encore basculer dans l’étreinte, nos yeux se font l’amour, nos pensées se fondent, nos envies s’entremêlent. Notre couche est déjà saphique. Ma respiration s’accélère à chaque froncement de ses traits, ses effluves enivrent mes papilles excitées. Je la déguste par avance, elle me dévore de l’intérieur.
Ma bouche veut la sienne. Ça fait des heures, des jours même… c’est inévitable.
Mon ventre brûle d’épouser le sien... Je déteste la maîtrise qu’elle s’impose, ça crève les yeux !
Un instant je doute… je lui déplais, elle hésite… Non ! Elle joue à me séduire la garce, elle attend que je l’allume encore plus, elle attend de se sentir suffisamment désirée.
Je ne ferai rien. Je lui offre ma nudité, je m’abandonne…
Elle craque.
Mon Il pourrait être là, je ne voudrais pas qu’il me touche, pas encore… par amour, je lui offrirais le spectacle de mon désir, les pulsations affolées qu’une autre engendre. Il la verrait soudain fléchir et s’emparer de mes lèvres dans un mouvement brusque et doux, nos langues se goûter dans un soupir d’Il était temps…
Il observerait nos longues chevelures brune et blonde, nos peaux de femmes mate et claire s’enchevêtrer, s’aimer… langoureuses.
Il aimerait… nul doute.
Non ?
Elle est contre moi, enfin. Mon autre île. Les battements de nos cœurs jumeaux sont à quai. Le ressac d’ondes charnues nous emporte, dessinant les reflets velours de nos seins qui s’embrassent.
Ondines coquines qui perlent de nos sexes lisses…
Ondulent entre nos reins balancés de délices...
J’ai parfois oublié qu’il est doux ce voyage aux rives du Continent Noir… pour moi il a toujours été lumineux. Plus encore depuis que je sais, que je peux sans crainte leur sourire. Devenir la femme que j’ai toujours été, jamais de dilemme, pas de partage, mais une complétude de mon être entre Elle et mon Il.
Cara Mia
16 mai 2008
Dîner
Toute la soirée, ton regard ne m’a pas quittée, tes yeux parcouraient mes épaules dégagées, ma poitrine encore couverte de ce tissu vaporeux qui laissait deviner mes seins palpitants comme deux oisillons frileux dans leur nid de satin écarlate.
Tu savais que sous ma jupe seconde peau, il n’y avait rien qu’une fine ligne rouge et tu l’imaginais déjà glisser hors de ma fente, hors de mes monts frémissants qui réclament tes caresses infinies, sans arrêt...
Le dîner auquel nous nous rendions était tardif, tu étais affamé et nous étions prêts depuis longtemps. Je regardais nonchalamment la pendule où le temps s’étirait sans fin… une autre faim m’animait pour ma part. Ce restaurant italien tenait toujours ses promesses, de la musique douce, des parfums suaves, des vins variés...
Te souviens-tu de mon pied sous la table, de tes mains qui cherchaient les miennes au milieu des couverts de cristal et d’argent, de cet éclat passionné dans mes yeux à l’heure du tiramisu lorsque la crème poudrée de chocolat avait fait l’objet d’un de nos jeux ? Tu avais voulu la goûter sur mes lèvres et nous étions alors seuls au monde… Ce soir, tes amis devaient nous y rejoindre mais je ne pensais pas que l’attente pouvait être enivrante…
Si, per favore, un regard en coin, mes battements de cils bavards, ta langue qui passait furtivement sur tes lèvres et tu décidais finalement de déclencher les hostilités.
Une bouteille de rosé frais sur la table basse, quelques toasts que tu avais tartinés en deux deux et bien disposés dans un plat rond…
- Pourquoi te mets-tu en frais ? Nous allons dîner…
- Laisse, tu vas voir, c’est juste un avant-goût, pour passer le temps, non ?
Tu savais que l’alcool me montait vite à la tête, voilà que mon sourire s’étirait et mes yeux papillonnaient, signe d’une légère ivresse… je n’avais pas dîné que je songeais déjà au dessert en t’observant amoureusement te lécher les doigts. Je laissais couler quelques gouttes de vin à dessein le long de mes lèvres puis de mon menton, tu vins les cueillir.
- On peut, n’est-ce pas, on est entre nous !
Avides de nous retrouver, nous avons oublié le temps et le dîner, dessinant de nos doigts et de nos lèvres un pont d’après-minuit. Tu as effacé le noir de mes yeux fardés par les moiteurs de ta peau, j’ai effacé ta mise impeccable par ma vigueur effrontée. Tu sais que de loin ou de près, c’est toi qui me tiens debout, même tirée à quatre épingles, même dépenaillée comme une bohème, je me fiche de ce que l’avenir ou l’heure qui suit nous réserve, du moment que tu me tiens dans tes bras, dans l’espace de tes souhaits. Les images ont défilé en moi pendant que tu dégrafais ma robe, laissant s’affaisser le tissu sombre comme une écorce légère, j’étais ton fruit, ta gourmandise toscane. Ma mémoire et le présent se mélangeaient dans des vapeurs entêtantes, fouillant mon âme avec déraison comme tu t’apprêtais à fouiller mes chairs. Ton regard filtrant des paupières mi-closes m’intimait l’oubli… j’ai oublié la trame de cette soirée pourtant réglée comme du papier à musique. Hier et maintenant, tout à l’heure et demain, des flashes désaccordés… La chaleur de ton cou puissant sous mes gants de soie noire, les seuls apparats que tu m’avais laissés pour enrober mes caresses.
La saveur de tes baisers sur mon ventre volcan qui t’appelait, qui t’appelle tant quand j’ai envie de croire.
Nos frissons, nos souffles échangés, la brûlure de ce désir comme une plaie béante au creux de mes cuisses… le feu sous tes reins qui t’allume et t’embrase, te pousse à me posséder.
Souvenirs, prémonitions… l’obscurité d’un parking désert, écrin d’ombre à un effeuillage en règle sous tes doigts pressés, la délicieuse gangue de frissons et ton rire lorsque je m’accroche aux barreaux noirs d’un lit-navire, mes dernières amarres, le roulis de tes hanches qui me fait chavirer…
Enlacés, basculés, chevauchés, accrochés, enfiévrés… le canapé craqua, gémit, les coussins glissèrent et tombèrent.
Sonnerie de téléphone.
Saoule de toi, de nous, je te retenais par les hanches lorsque tu te dressais pour attraper le portable. Rebelle à briser la magie, je voulais te garder dans notre bulle.
Je t’entendis t’excuser et arguer je ne sais quelle raison. Appuyé sur ton genou, penché au dessus du dossier, tu te tenais en équilibre sur mon visage, conversant avec flegme. Je pris alors ton sexe arrogant dans le fourreau tiède de ma bouche, faisant coulisser entièrement sa masse avec une avidité non contenue, tant et si bien que tu te figeais dans cette position et que les inflexions de ta voix se firent plus saccadées. Je m’arrêtais…
Le dîner. Qu’allais-tu faire ?
J’empoignais tes fesses à pleines mains, t’enfonçant davantage dans ma gorge puis m’immobilisant soudain, taquine. Ton regard caressa les courbes brillantes de mon écrin de lingerie coquelicot, se fixa un instant sur mes mèches blondes déjà collées à ma nuque, à mes tempes, à mes pulsations intimes. Tu me dominais de toute ta taille et de ta virile démesure et pourtant, je te tenais, j’adorais sentir ton plaisir grandir et jouir en moi, ici ou ailleurs. Tu bredouillas quelques mots d’amitié et de feinte déconvenue à ton interlocutrice tout en entamant un va-et-vient audacieux entre mes lèvres.
Tu avais raccroché, tu me souris, ta peau sentait déjà l’été…
Tendre fruit, sucré-salé, soleil de nuit.
Te dégageant de mon étreinte humide, tu m’écrasas sous ton poids pour retrouver mes lèvres en un long baiser plein de promesses.
- Alors, qu’y a-t-il au menu ?
Cara Mia
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