Bain de Mes Nuits

"Cara Mia..." De l'enfance innocente aux plaisirs d'une femme, ces deux petits mots sont moi, ma musique intime que seuls ceux qui m'ont aimée et m'aiment encore soufflent à mon oreille...

11 août 2009

Elle en bleu


L1

«Perdre est une sensation définitive ; elle n'a que faire du temps. Quand on a perdu quelqu'un, on a beau le retrouver, on sait désormais qu'on peut le perdre.»  (Jean Giono)

Bleu, du bleu profond et dru, partout !
Ça fait du bien après quelques bruyants crépuscules rouge sang...

Ça avait commencé par un ciel clair et sans nuages bien sûr, et aussi par sa redondante coquetterie à enfiler une robe de plage turquoise… Chasser les nuages de sa vie !

Elle avait négligé toute autre parure, déjà bronzée, le sourire bien accroché autour de dents prêtes à mordre la vie par tous les bouts !

Et puis le sable d’or de Leucate comme un bijou, un fin liseré entre les vagues calmes et la masse tranquille d’un hôtel tout blanc.

La chambre aussi est peinte de cyan, lumineuse avec ses grandes baies vitrées sur une terrasse de pierre, ses meubles de bois blanc comme des cabines de plage… elle y dissimule vite fait ses quelques trésors, si peu en fait, on a besoin de quoi au cœur de l’été… ?

Tout d’abord la bouteille de bon vin qu’elle a choisie pour lui. Son anniversaire à elle, ils l’ont déjà fêté. Aujourd’hui c’est son tour et elle veut que tout soit parfait pour lui. Du moins le mieux possible.

Très vite, elle est nue, elle profite de la caresse légère de la brise marine qui s’insinue partout, elle jette un coup d’œil entendu au grand miroir près du lit en se demandant s’il va remarquer sa belle couleur uniforme de pain d’épice avant de la dévorer toute crue ! Même seule, même en l’attendant, elle savoure avec un brin d’égoïsme cette solitude gourmande en se disant « tout ça, c’est pour moi ! » puis très vite après « non, c’est notre écrin, notre île hors du temps ! »

Une profonde inspiration d’air bleu et salé, là, à la source… Elle s’est accoudée au balcon, elle sent presque l’eau taquine venir la chercher. Quelques pas à faire et elle se jettera dans la belle Méditerranée. Un bas de maillot vite enfilé, un simple paréo noué dans le cou et elle file en courant jouer les sirènes.

Le meilleur moment, ce sera la douche, le sable qui fuit sous ses pieds, le goût de sel qu’elle gardera  tout de même un peu sur les lèvres pour qu’il vienne cueillir ce parfum de vacances sur sa peau encore humide.

Les meilleurs moments, il y en aura eu beaucoup en fait…

C’est banal somme toute quand on le lit, mais c’est toujours magique quand on le vit.

Il y a les draps qui deviennent le seul contact avec la réalité et le corps de l’autre qui n’a plus de frontières.

Il y a l’air iodé et fraîchissant du dehors que les pâles du ventilateur leur assène, complice.

Il pense en observant leur course obstinée que le temps passe aussi, comme ça…

Elle pense, elle, en silence, que la roue tourne aussi, comme ça…

Mais ça, c’est son optimisme fataliste à lui, son gai pessimisme à elle.

Il y a les caresses nonchalantes d’une trêve, celles qui donnent autant de frissons que de tendresse, la pulpe de ses doigts qui agace les siens, son avant-bras, son dos, ses fesses…

Il y a la robe qu’il lui choisit, fluide, ne tolérant aucun sous-vêtement, et leurs rires de gosses.

Il y a les regards sans équivoque qui meublent chaque silence car c’est bien connu, on ne parle pas la bouche plein, surtout en public !

Il y a sa manie déroutante à lui de changer de menu au dernier moment, et ce, chaque soir !

Il y a les saveurs profondes et colorées, le vin au goût de fruit qui lui feront avouer à elle par le jeu de chacun de ses gestes les fragiles essences de ses désirs. Elle imagine avec quelle langueur innocente elle va s’abandonner, avec quelle insouciance elle lui offrira ses mots et ses ronronnements les moins pudiques, enivrée de chair, d’arômes et d’alcool, animale et jouisseuse. Il réveille si bien ses forces primales…

Il y a les balades à deux sous les étoiles, les feux, la musique et les danses d’un spectacle de rue.

Il y a les mains qui se sont cherchées, accrochées et qui ne se lâchent plus, jour et nuit.

Les doigts doux et blancs de la lune qui les enlacent et les bercent déjà quand ils se pressent vers l’hôtel.

Sa lumière d’astre pâle qui filtre, jalouse, à travers les persiennes closes sur une longue nuit d’amour. Elle aura rendu les armes alors que la matinée peut s’éterniser dans la chaleur entêtante de corps à corps sans fin.

Il y a le café du matin qui devient vite un brunch conséquent pris à même la plage, sous un parasol de paille, dans un décor de carte postale.

Il y a le village, la plage, les glaces, les rires, les cris, les gens, les discussions légères ou littéraires, prendre le temps d’être ensemble… et farniente ! Surtout !

Et puis, une nuit, la musique entêtante du ventilateur a cessé.

Le silence, imposant, hostile, convulsif, coule autour du lit pour tout noyer.

Un véritable torrent qui enfle jusqu’à recouvrir son corps frémissant gavé de soleil et de désir vain. Sur sa bouche grande ouverte sur des mots inutiles, il abat sa chape étouffante.

Elle voudrait les dire ces mots du cœur, leur faire trancher le cours lapidaire des choses.

Mais il sait comme elle sait, il connaît le feu liquide qui agite son corps et sa tête, il aurait pu résumer avec son bel esprit de synthèse chacune des émotions qui allaient la traverser et la lacérer avant même qu’il ne s’endorme. Il ne l’a pas fait. Il est parti. Son grand corps las repose, là, sur leur île blanche. Mais il n’est déjà plus ici, le désir inassouvi qui ne la quitte pas elle, l’appel des sens, le chant envoûtant des choses de la chair et de l’eau ne l’ont pas saisi.

Le vent a déposé sa folle énergie, le murmure furtif des vagues noires même a molli.

L’air est plein de chants d’âme saoule de peurs et de souvenirs.

Et c’est dans l’ombre zébrée de la chambre des amants détournés que se fait la grande clarté.

C’est un gémissement irrépressible, une plainte qui naît, gonfle et pénètre de son corps tranchant la chair des murs qui tressaille… Elle a tellement envie de lui ! Il ne bouge pas d’un pouce.

C’est un goût de terre dans la bouche et des larmes amères dans ses yeux de verveine. La tendresse peut mourir parfois avec le sommeil. Son angoisse, c’est toujours la même, ce sentiment d’urgence. A ce moment précis, elle le déteste de ne pas le ressentir aussi. Se retrouver comme ça, c’est aussi réaliser à chaque fois qu’on peut se perdre, que c’est inévitable.

Un gémissement, c’est tout.

Elle ne soupirera pas. La course du temps ne lui donne le vertige qu’à elle, elle qui ne sait pas différer. Elle se sent seule, ici, avec lui ! C’est un monde ça ! Il lui faut briser le silence oppressant, entendre son souffle tranquille à lui, les pulsations de son sang à elle. Se souvenir que sous les ténèbres, il y a de l’azur à n’en plus finir et de nouvelles promesses à concrétiser, encore.

Elle ne peut pas partir, elle ne peut pas dormir, tout juste respirer, à l’affût encore de ces bribes de désir qui embaument l’air clos de leur étreinte doucereuse et fanée.

Elle sait que dans l’air libéré du matin, la lumière toute neuve surgie de là-bas, loin vers l’Italie, lui rendra peu à peu la vie et le bleu, tout l’amour de ses yeux grands ouverts.

Cara Mia

L2

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10 juillet 2009

Encore un matin

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Ce matin, un courant d’air frais traverse la pièce et caresse ma peau nue. La fenêtre est restée entrouverte avec la chaleur de la nuit et je savoure, encore engourdie de sommeil, cette caresse impalpable, improbable.

Sans ouvrir les yeux, je soulève le drap qui recouvre mes jambes brunes et remonte délicatement le satin blanc de ma nuisette. Quel drôle de fantôme d’été ! Un vent amoureux semble-t-il, il s’attarde…

Indiscret, l’air s’immisce dans des endroits qui, habituellement, ne sont pas si offerts. Il effleure d’abord mes fesses et comme mes cuisses nues s’écartent légèrement, il frôle, tout en douceur, mon sexe nu.

Mes yeux sont toujours fermés mais mon corps alangui réagit déjà à ces étranges caresses. J’ai envie de doigts, de sexe. Je ne veux pas encore voir le jour emplir la solitude de mes murs silencieux, trop silencieux.

Je préfère chercher derrière le rideau de mes paupières, le souvenir des contours d’un homme, une réminiscence de mes rêves de la nuit.

Ma main accompagne le trajet du vent et glisse entre mes cuisses. Ce serait tellement doux si ce vent pouvait la suivre plus loin encore… des contours, une odeur, une voix, des doigts, une langue, un sexe, tous ces mots me reviennent en mille flashes… des mots, toujours des mots… mais aussi des souvenirs ! Et j’ouvre soudain les yeux, éblouie de saveurs, de chair ! C’est si présent…

À deux doigts de la jouissance, je suis moite et frémissante de caresses imaginaires, je ne peux pas, pas ici, pas encore. J’ai besoin d’eau… Je me dirige vers la douche. Avec maîtrise, je règle la puissance du jet d’eau fraîche. Je commence par mes jambes engourdies qui progressivement se détendent, je l’accroche ensuite au mur et m’abandonne à la cascade bienfaisante qui m’engloutit de la tête aux pieds. Les yeux clos, la cambrure offerte, je respire à peine… les images resurgissent, en rafales… mes mains étalent de l’huile de menthe poivrée sur mes courbes glissantes, l’eau tiédit progressivement, les trajets sont vertigineux, l’arôme puissant. Mes doigts se concentrent sur la bouche de ce volcan furieux qui réclame une éruption. Leur fourche s’attarde et pénètre une fois, puis deux… ça glisse, c’est trop long ! Je saisis alors le pommeau de la douche vrombissante et oriente le jet… de légers mouvements circulaires en pluie vive et pénétrante, j’augmente la pression. Mes oreilles bourdonnent et je jouis enfin, l'eau bouillonnante mêlée aux larmes de mon sexe, mes lèvres ouvertes sur le prénom soufflé de… personne. 

Cara Mia

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25 avril 2009

Réchauffement climatique

espelette_le_village

Juste avant…

Un après-midi qui se présente, des mails, des tableaux à remplir, des pensées qui s'envolent vers toi...
Envie de te retrouver, de te serrer contre moi, de respirer ta peau
Envie de plein d'envies, envie de plein de vie...
Passe le temps, vite, plus vite...
Cours, saute, vole, rapproche moi d'elle...
Toi Eole, mon ami, souffle les secondes, chasse les nuages
Jupiter et Neptune, alliez-vous pour pousser le sablier du temps et rejeter les vagues de l'oubli
Toi Vénus, viens me porter la grâce et la sensualité qui seront son fourreau et son parfum
Dieux de l'olympe, du mont Parnasse, dieux païens et dieu du ciel, tournez vos yeux de l'incandescence de son brasier
Que brûle à jamais le désir de sa chair, de son âme et de nos cœurs partagés...

Toi

Juste après…

Notre complicité, nos rires me manquent

Les délices découverts à cette petite table d’un restau de l’arrière-pays me manquent

Nos caresses silencieuses dans la voiture ou devant la télé me manquent

Les petits fours qu’on s’est donné à la becquée me manquent

Le champagne sur canapé me manque
Ce qui a suivi, si long, si savoureux, plus que jamais… me manque
Ton regard sur moi à la tombée du jour, étonné, anéanti de plaisir, me manque
Ton regard sur moi, indéfinissable, ce dernier matin dans le miroir, me manque

Toutes ces heures magiques, ces sourires, les gestes que tu as faits, tes attentions, ta tendresse surtout, tout ce qui fait que je t’aime et qui ne se remplace pas, qui ne s’achète pas, qui ne se joue pas… me manquent
Tous les mots que tu n'as pas encore dit sur ces quelques jours ensemble, si ce n’est que je te manque… me manquent
Nos joies me manquent
TU me manques...

Moi

Roman2


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28 mars 2009

Fragrance

elles1


Un souffle de printemps avant l’heure, un astre aux lueurs timides que le vent léger rend fou… le soleil s’insinue partout !

Mon cœur s’affole, l’ascenseur est un sas interminable, je ne sais sur quel pied danser, les mots des couloirs bruissant jusqu’au cristal des rires, des fragrances angéliques.

Je sais qu’elle m’attend et je scelle par des murmures les promesses que je me suis faites… déjà, ne rien oublier, tout graver… le reste m’appartient.

Peaux qui se frôlent, regards qui s’affolent, nos corps se pausent puis s’apprivoisent, le plus simplement du monde. Après, bien après que nos âmes se soient enlacées… Il ne reste plus que des évidences… de chair et d’âme.

C’est si simple et doux, comme un apaisement entre deux batailles.

Mon cou s’offre, mes mains se font légères… surtout ne pas la brusquer. C’est un moment à part. J’ai laissé la "prédatrice" sommeiller, elle prend tellement de moi.

Et puis c’est elle qui me surprend !

Je ne fais bientôt plus que recueillir ses baisers passionnés qui me creusent, qui façonnent et aiguisent des envies bien plus acérées… je ressens cette vague furieuse qui me surplombe puis se retire pour ne jamais m’emporter… nos lianes s’entremêlent sauvagement, nos pudeurs s’apprennent l’indécence…

Goutte à goutte, les secondes s’accélèrent, le sang bat aux tempes.

Pas le temps, pas le temps…

Dans ma tête aujourd’hui perle cette bulle de Nous, miroir incandescent de nos découvertes saphiques. Le brouillard est incongru au printemps, il recouvre pourtant ces saveurs, ces parfums d’avant, les émotions se grisent autour, trésors volatiles… je dois les convoquer, les colorer à nouveau. Je m’en veux d’être raisonnable, de devoir m’effacer.

Fabuleuse mémoire ! Dans ce jardin secret, les contours de ma vie se suturent petit à petit… c’est fou ce que les souvenirs peuvent apaiser… presque comme l’espoir.

Et j’ai besoin certains soirs de caresser ce cristal limpide et fragile, profond comme le noir de ses yeux.

Pour que cette part de mon cœur automate reste en vie.

Cara Mia

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14 novembre 2008

Un billet d’où

db

Une soirée, deux soirées, un rendez-vous.
Mais avant tout,
Une journée à rendre fou !
D’impatience, de connivence, de romance, d’existence…
Et tout cela à l’intérieur de mon crâne, solitaire, où se déroule le film de ce qui fait depuis quelque temps mes plus jolies parenthèses, des retrouvailles.

L’aurore laiteuse est complice, la brise douce en ce matin rose de septembre. Mes pas vont et viennent dans le hall de la gare, je ne peux m’arrêter cinq minutes de parcourir le sol, c’est une journée-voyage.
Envie de m’étourdir de fêtes et de liberté, même si en filigrane il n’y a que le retour.
Envie de sourire à tous, les voyageurs pressés, les mendiants, les passants… leur dire que je l’aime et que je vais le retrouver.

J’aime les trains.
J’aime leurs caches, leurs doux ronronnements, les tableaux fugaces qu’ils m’offrent, la rapidité tranquille avec laquelle ils me font changer de rive.
Serré dans ma poche, le billet est là, je le caresse distraitement, charnellement, comme une lettre d’amour.
Je me cale près de la fenêtre, je suis seule sur la banquette, j’appuie ma tête contre la vitre et je commence à jouer à faire de la buée, à y dessiner des petits riens interdits du bout des ongles, comme les enfants, j’attendrais presque qu’on me gronde…
Qu’une voix inconnue rompe le silence bourdonnant du wagon, m’arrache aux paysages mouvants, éclatants de lumière, aux entrailles ténébreuses des tunnels qui se succèdent, à mes pensées qui volent bien plus vite vers les brumes du nord, vers une autre voix bien familière celle-là.
Ballottée par le ronronnement mécanique, je m’abandonne, j’oublie les horaires, les correspondances, le réseau capricieux qui taquine mon téléphone. Mes mains glissent sur ma gorge nue, préfigurant le geste attendu à l’arrivée, un soupir d’aise m’étreint, mes songes tissent un voile.

Chaque voyage est comme la vie, on se laisse emporter, seconde ou première classe, les regards se croisent, les bagages nous suivent, ou pas, on connaît tous la destination mais peu importe ! Mes rails ne sont pas linéaires, j’ai choisi de me détourner du droit chemin quotidien, tant de fois déjà !
Le terminus se profile, grisant, comme un parfum de scandale. Mes seins se tendent de froid ou de désir déjà, de tout cela, ma main gauche en apaise le feu comme la glace pendant que la droite s’affaire à enrouler le précieux billet autour de ses doigts.

-          Titre de transport, mademoiselle, s’il vous plaît !

Je rougis instantanément, rieuse.
Est-ce écrit sur mon visage, ma mise, que mon parcours est grisant comme un vin de Bohème ?
Le contrôleur sourit, amusé. J’attends qu’il tourne les talons et je sors un petit miroir de mon sac : cheveux en bataille, joues roses, chemisier échancré sur mon cœur battant… et mes yeux qui brillent tant !
Bah ! Arranger ma mise serait un remords et je n’en ai pas, je ne me conforme plus à rien, je plane sur les ailes d’une éternité mensongère. Rebelle de quelques jours.

Quelques instants, je m’imagine le retrouver là, dans ce wagon, nous ne serions plus de ce temps, du nôtre…
Un décor ancien, un train tiré par une ardente géante, ces vieilles locomotives au cœur de braises, des banquettes d’acajou capitonnées de velours nous auraient accueillis, je crois même que j’aurais porté un corset à l’insupportable laçage et une longue jupe qu’il aurait pu trousser !
Mais je digresse…

Je le tiens toujours dans ma main, mon billet doux.
Je sais que là-bas, tout au bout de deux correspondances, il y aura la lumière dorée du couchant sur mes paupières encore engourdies de rêve et de faim.
Je sais que le quai sera vide, que j’aurai envie de jeter mon bonheur de papier désormais inutile, de courir dans la fraîcheur piquante de cette ville inconnue, de me défaire peu à peu comme d’une mue de mes sangles, liens et boutons, déjà, dans l’ascenseur de l’hôtel.
Puis d’attendre là, complètement nue, sous le jet d’eau chaude de la douche durant une heure… Attendre qu’il arrive avec la nuit, que la porte s’ouvre doucement et qu’il me tire de mes écumes odorantes.
Que la porte se referme et…

Pendant que j’oublie les trains en partance qui réunissent ou qui séparent.

Cara Mia

Corsetting_by_TheTragicTruth_Of_Me

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05 novembre 2008

Eau d’or menthe



cara1

En réponse à celles et ceux qui m'ont réclamé mes propres "idées" suite à mon dernier post...
Et en clin d'oeil pour honorer une promesse...


« Je peux t’embrasser ? »

Sa voix résonne encore à mes oreilles dans ce demi-sommeil, rieuse, chaleureuse.

Je la revois descendant l’allée, m’accueillant à bras ouverts.

Sa peau gourmande, couleur pain d’épice, une gourmandise à peine éclose dans un écrin de lavande.

Le soleil est déjà haut.

J’ouvre les yeux.

Dans notre nid tiédi, je me sens encore alanguie, chavirée, paresseuse…

L’été était là enfin, les cigales chantaient leur lancinante mélopée dès l’aurore.

Je regarde le réveil : presque midi… j’avais déjà chaud !

Toute la nuit, il m’avait possédée, tendrement, brusquement, insatiable.

Et pourtant ma peau palpite encore, une vague de langueur, un parfum de soufre.

Je me lève, ouvre la fenêtre, seins nus au balcon.

Du bord de la piscine, lui seul me voit, il s’affaire près de la pompe.

Ses yeux me sourient, je distingue à peine sa bouche gourmande. Je lui rends son sourire en m’étirant comme un chat et me jette à nouveau sur l’amas de draps, un champ de bataille.

Envie de retourner à mes songes, ou souvenirs, qui sait…

Elle m’avait embrassée…

Pas tout de suite, c’est vrai.

Nos cheveux s’étaient d’abord frôlés dans la lumière rougeoyante, nos mains s’étaient égarées dans des gestes de tendre complicité.

Dans la cuisine, je bois un verre de jus d’orange bien frais, juste vêtue d’un bas de maillot tendance camouflage urbain et d’un paréo noir. Pas de cris d’enfants ici, pas le moindre son autre que le chant des cigales. Un week-end d’intimité comme il y en a peu.

Je plonge dans la piscine turquoise, température idéale. Je sais qu’il me voit nager, là, derrière la trappe.

Alors, elle vient, petite robe bleue, cheveux noués nonchalamment sur la nuque.

Elle se déshabille entièrement, plonge à son tour.

Je la laisse venir à moi, tout près. Rires, éclaboussures… On se fiche du maquillage absent, de nos chevelures collantes et dégoulinantes, les maillots disparaissent, les corps font mine de se glisser derrière les matelas et autres animaux gonflables.

Elle me serre à la taille, sa main glissant sur mes fesses.

Je la laisse faire, un peu surprise et intimidée du plein jour qui nous éclaire.

Relâchant notre étreinte, nous nageons vers chaque extrémité de la piscine en nous observant, joueuses.

Lui ne perd rien des gestes et des regards qui s’échangent sous ses yeux, sachant que nous nous amusons sans doute à l’exciter encore plus.

Puis, lentement, en quelques brasses, son long corps de sylphide s’approche de moi. Décidée, elle passe ses mains autour de mon cou. Ses lèvres frôlent les miennes, comme un souffle de vent, une brise qui s’alentit, s’échauffe, se répand en or liquide au fil de nos veines…

Ses seins ronds se collent contre mon torse.

Son second baiser se fait plus pressant, les yeux mi-clos, éblouis par les lueurs multicolores des gouttelettes qui constellent nos visages.

Mes mains s’égarent alors de son sexe à l’intérieur soyeux de ses cuisses, ou le contraire…

Elle gémit de volupté, nos sourires se dévorent, son genou remonte et fait doucement pression pour écarter les miens.

L’eau semble tourbillonner, les baisers s’enchaînent, les mains se rencontrent, s’unissent, se désunissent pour des caresses plus précises.

Lui ne quitte pas des yeux ces ébats aquatiques sous un soleil complice.

Il nous voit jouer, rire, jouir…

Longtemps la piscine reste notre couche liquide et nous nous faisons coquines sirènes, insouciantes, libérées.

Puis, alors que les cigales chantent toujours, l’eau retrouve son calme.

Il se hisse hors de la trappe, discrètement, la repoussant sans bruit.

Personne. Seul un string traîne négligemment sur les lattes de bois du plancher.

Il revient lentement vers la maison, longeant les cyprès.

Nous nous sommes embusquées dans la cuisine, appuyées au comptoir, vêtues respectivement du paréo et de la robe bleue qui collent à nos corps mouillés, dévoilant nos courbes.

Une salade de tomates mozza et du pain frais accompagnent nos bavardages. Il nous observe, elle lui tend un verre de rosé, comme si de rien n’était. Je vide d’un trait ma menthe à l’eau.

Il a peut-être rêvé, sûrement même… son regard va de l’une à l’autre, perplexe.

Mais il n’y a souvent qu’un pas du rêve à la réalité.

Nous rions tous les trois de concert et enterrons ce trouble.

Alors il avance d’un pas…

« Je peux t’embrasser ? »

Cara Mia

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23 octobre 2008

Octobre

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Première image, première fois, premier sourire, premier feu...

J'aurais pu ne pas aller dans son antre effervescent de belles paroles, de rires et de désirs.
J’aurais pu éviter de poser mes mots et mes fêlures, m’exposer à son regard félin.
J'aurais pu ne pas le voir, lui dire bonjour ou bonsoir, converser avec Lui de tout et de rien, de nos vies si loin si proches...
J’aurais pu ne pas le revoir au milieu de mes nuits, ne pas désirer encore son propre désir.
J’aurais pu ne pas le séduire, résister à ses rêves, à ses envies de Nous.
J’aurais pu refuser de lui ouvrir ma porte, sentir son souffle contre ma peau et la frémissante douceur de ses lèvres. J’aurais pu ne pas le laisser me renverser, posséder mon corps et mon cœur, me faire basculer au gré de ses mains aux griffes rétractiles.
J’aurais pu ne pas le chevaucher, lui arracher les plaintes de jouissance, fruits de nos plaisirs conjugués et déclinés infiniment, indéfiniment.
J’aurais pu ne pas déjeuner avec Lui dans la clarté blafarde de ce matin qui allait nous séparer encore.
J’aurais pu ne pas prendre la voiture, le train ou l’avion pour passer ces quelques moments volés au temps et à l’espace au cœur des villes anonymes.
J’aurais pu ne pas chercher sa trace partout, dans des reliefs et des contrées suspectes quand il manquait à mes nuits.
J’aurais pu fermer mes volets, clore mes lèvres et mes sentiments, ne pas donner suite à ses textos, à ses appels, à ses mots si...

Maintenant, un an après, jour pour jour, c’est encore une fois que ma mémoire me rappelle que « j’aurais pu… »

J'aurais pu...

Si j'avais voulu !

Et je n'ai pas voulu...
Et j’aime me souvenir de ce qui réchauffe comme de ce qui brûle.
Et j’aime mon présent baigné de ce passé et des promesses futures… tentaculaires !
Et je n’aime pas les conditionnels, les regrets encore moins.
Je préfère encore les remords…

Et vous ?

Cara Mia

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21 septembre 2008

Rêverie

reverie


A la faveur des jours plus frais et plus courts, j’évite de rentrer à pieds, finies les courses nonchalantes de fin d’après-midi… Je suis une frileuse. J’ai regardé ma montre ce soir qui m’indiquait dix-neuf heures trente… la nuit déjà ! Et un léger frisson qui me faisait presser le pas vers ma voiture. Comme souvent en cette saison délicate, je ne suis pas assez couverte et je peste contre l’automne pressé en me remémorant l’été à peine endormi.

Douces heures de farniente sur le sable, un soleil cuisant qui m'éclabousse d’or ambré et engourdit mes sens.
Mais pas toujours...

Je tourne en direction de la plage, j’aime bien faire ce petit détour. Même à la lueur de la lune, le décor est superbe de sérénité. Je ralentis, je m’arrête (…)

En cette fin de juillet, il y a du monde autour de moi sur cette plage. Mais je n’entends ni les cris, ni les rires, ni même sa voix qui m’a pourtant envoûtée. Mes sens se ferment un à un, seul mon regard darde ses rayons sur lui. Il ne m’a pas abordée de façon cavalière avec des mots surfaits et une assurance proche du ridicule comme c’est souvent le cas. Il travaille ici, il me voit tous les jours, nous échangeons quelques politesses et il a choisi de venir tout naturellement se présenter aujourd’hui. Rares sont les femmes seules sur cette plage familiale peu fréquentée… et lui, il a la beauté du diable ! Un bel éphèbe bronzé, très « cliché » et pourtant discret. Si, si ça existe… Une gourmandise de vacances.

Il est de profil, le regard perdu vers l’horizon : il semble surveiller quelque chose et pourtant il me parle, de tout, de rien, je ne suis plus…

Il passe la main dans ses cheveux indisciplinés et j’envie alors cette main qui effleure ses poils en remontant sur la joue, qui fouille dans ses mèches, qui caresse ce crâne où virevoltent de mystérieuses pensées : comme j’aimerais y pénétrer ! Comme je prendrais bien la place aussi de cette goutte de sueur qui se faufile de sa tempe à son menton. Que penserait-il si mon doigt, là, à l’instant, suivait ce trajet ? Moi qui ne l’ai encore jamais touché ?

A moins que je ne suive celles, plus petites, plus cachées, qui affleurent sur son torse couleur de miel pour se perdre dans sa ceinture… Que penserait-il si mes doigts… ?

Soudain, il recule, il regarde de l’autre côté et moi, je me penche pour ne pas perdre le fil de ma rêverie. Derrière mes lunettes noires, brûlée de soleil et brûlante de désir, j’essaie de ne pas cligner des yeux, de ne pas flouter son image. Assoiffée, je le bois déjà, je goûte déjà au sel de sa peau…

"Vous portez quoi habituellement ?"

"Comment ? Excusez-moi, je rêvais…"

"Comme vêtement, me murmure-t-il en souriant… je ne vous vois qu’en paréo."

Il a buté sur le mot string qui n’a pas osé franchir ses lèvres…

" Et bien j’enfile assez souvent des jeans par-dessus mes strings quand approche l’automne. Vous n’aurez qu’à revenir par ici à la rentrée si cela vous tente de me voir habillée…"

Cara Mia

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02 juillet 2008

Evanessance

Flying_Angel_by_ahermin

"Même pour le simple envol d'un papillon tout le ciel est nécessaire."
(Paul Claudel)

Il ignorait sans doute qu’elle était comme ces papillons blancs aux larges ailes poudrées qui aiment évoluer avec grâce mais aussi se laisser prendre dans un filet de mots, aérienne prison… 

Les mailles distendues, les mots évaporés, pourquoi virevolter encore autour de lui ?

Chez elle, enrobée de douceurs laiteuses, elle songeait à tout ce qui l’avait invitée aux baisers, aux plaisirs… une lumière dans sa nuit.

L’eau tiède comme un déshabillé d’ondine perlait en fins cristaux sur sa chair ivoire.

Pulsations d’attente au creux du cœur, effluves tendres au creux des poignets, caresses de soies choisies au creux de son intimité. Le temps fila comme une étoile morte.

Bouche de velours gourmande, pressions délicieuses de doigts retrouvés avec hâte.

La salle était pleine, la promiscuité écœurante, les brumes enjouées et festives.

Mais les revoilà seuls au monde, face à face. Les mots se perdent, les pensées se parlent.

Dans l’air indiscret, tout invite à se percuter, à basculer dans le décor, se laisser happer par les longs doigts d’ombre qui se dissimulent sans doute sous les satins cramoisis. Oui, l’air et l’alcool l’entêtent, elle se raccroche à sa présence rassurante, son phare.

Déjà, son regard la consume, il effleure avec délice la dentelle claire du liseré qui orne son décolleté, elle sursaute quand il saisit sa main, pressant. Le feu azur de ses yeux pénètre les siens puis redescend, explicite, sur les pointes arrogantes de ses seins qui se dessinent sous l’étoffe légère. Son insistance les fait se dresser davantage.

Sa bouche, elle veut sa bouche ourlant délicatement l’aréole de chacun d’eux.

Il ne parle plus, elle écoute son silence. Elle décroise ses jambes et, tout en mordant ses lèvres jusqu’au sang, elle en étend une, curieuse, le long de sa cuisse qui tressaille, remonte de son pied jusqu’à son sexe tendu pour s’y attarder effrontément. Il aime faire glisser ses envies comme ses bas jusqu’à l’assouvissement impromptu. La caresse s’interrompt pourtant comme une promesse de mets plus délicats.

La nuit les a pris, les a rapprochés, fondus, leur a offert les plus lumineuses jouissances.

Puis le matin et l’espace se sont infiltrés insidieusement, encore, toujours.

Chez elle, l’éponge ruisselante noyait le bleu de ses pensées, pansait de tendres frissons l’immobilité de cette plaie d’attente. Pourquoi virevolter encore autour de lui ?

Parce qu’il avait touché l’insaisissable. Il suffisait de si peu et pourtant, sans conscience, il l’avait touchée…

Etreindre ses ailes diaphanes de papier crépon, les froisser d’élans non mesurés, les déchirer de silences ou de réparties cinglantes, de rires cruels, de toute la gamme des émotions passionnées, de la joie aux larmes, de désirs foudroyants. Elle ne pouvait plus voler. Elle ne voulait plus voler. Elle n’était plus éphémère.

Il avait suffi de si peu.

Cara Mia

    

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14 juin 2008

Sueurs

sueurs

Les ondes d’une douce fatigue parcourent en frémissant mon corps.

L’engourdissement de mes membres encore tremblotants me fait songer à celui d’une autre fatigue, celle qui m’étreint dans un mélange de douleurs diffuses et de plaisir quasi-charnel lorsque je danse… jusqu’à l’épuisement. Envoûtement des rythmes qui exacerbent leurs ondes à même ma peau, ce sont d’abord elles qui entament un lent ballet lascif et excitant, un peu, toujours, le mouvement est primal, inoffensif et décisif, inaliénable.

C’est ensuite mon cœur qui s’accorde aux murmures, des battements désordonnés naît une nouvelle musique et des images pourpres, gourmandes, pulsions…

Impulsion à mes hanches qui se dénouent, mon bassin qui s’invite à parcourir et redécouvrir la quadrature du cercle. Mon ventre se tend, prise d’élan, il s’offre et se socle sous ma poitrine qui se dégage, épaules rejetées, chaque parcelle de mes chairs ondule  doucement, chuchotement tribal. C’est très doux, lancinant, les contractions s’intensifient, l’explosion telle un point lumineux n’est plus un but, juste l’apothéose de cette ivresse du corps rendu aux frissonnements du monde.

Mise à feu. La tête chavire, le mouvement issu du plus profond se délie aux accords des membres sauvages, rapides et précis qui délitent l’espace autour d’eux. Chaque muscle est un pouls, chaque nerf est un songe qui éclate en myriades liquides, cascades furieuses.

Pauses délicieuses avant d’autres montées, l’air s’alentit, emballé qu’il était autour des sillons invisibles de mes trajectoires de comètes, juste assez pour sentir cogner le feu à mes tempes, un goût de cuivre et de sucre à mes lèvres bandées, corps accordé qui ne débande pas… le sol est brûlant, il n’existe même plus tant chaque vertige me bascule et me secoue dans une sarabande aérienne. Seul le regard ne démord pas, il fixe ce point invisible, l’ultime amarrage, source d’équilibre.

La musique fond comme un baume apaisant et aphrodisiaque à la fois sur ma mécanique exaltée… transe extatique, jusqu’au break.

Barre-à-terre.

Particules de chair jouissantes, soubresauts lascifs.

C’est la même sueur qui sourd de chaque pore et se répand le long de mes mèches folles, de mon dos tendu, la même liqueur réfugiée au plus secret que tu aimes aller chercher à la porte de la douche lorsque ma peau pétrie de sons, de gestes et d’air vibrant a ce parfum de sel et de stupre, épuisée…

Harassée par nos caresses avides lorsqu’on a fait l’amour ou par cette danse vitale et solitaire, je cherche toujours de la même façon à retrouver mon souffle, yeux mi-clos, foudroyée de plaisir et de saine fatigue…

Perdue-retrouvée, collée-colorée, dénudée-trahie par l’étoffe humide, mes soupirs d’amour et de bien-être s’exhalent sur la chaleur du parquet ciré.
Des étoiles liquides perlent et les accompagnent.
Tes doigt viendront-il les cueillir à même ma peau ?

Cara Mia

Posté par Cara Mia à 19:44 - En eaux claires - Commentaires [28] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

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