28 février 2009
Savoir rester à sa place
Savoir s'arrêter quand on est allé trop loin, trop haut
Savoir se retourner quand il faut
Savoir se dire "c'est fini"
Savoir noyer son corps dans l'ombre quand il est trop lourd à porter
Savoir encaisser les échecs, les humiliations
Savoir admettre "c'est plus pour moi"
Savoir garder ses maux et ses amertumes, ne plus les étaler ici
Savoir dire adieu, ou même simplement au revoir
Vanité
Je n'ai jamais su... Mais il le faut bien. J'apprends.
Alors, c'est la dernière fois.
Cara Mia
17 février 2009
Fille de joies
« Pourquoi aime-t-on ? Est-ce bizarre de ne plus voir dans le monde qu’un être, de n’avoir plus dans l’esprit qu’une pensée, dans le cœur qu’un désir et dans la bouche qu’un nom… » (Maupassant)
Elle cherchait à se fabriquer un visage parfait, séduisant, attirant.
C’était à grands renforts de brosse chauffée qu’elle lissait sa longue chevelure, avec application qu’elle traçait le sillon noir au ras de ses paupières rehaussées d’une poudre légère et dorée.
Des « ailes au coin des yeux », luisants comme des escarboucles, un grain de beauté au coin de l’un, comme une étoile sombre, couleurs de feu des sous-vêtements qu’elle avait choisis pour l’occasion, éclat vermeil de ses lèvres impatientes.
Et au milieu de cette âme ardente éclataient seulement ses yeux brûlants de ce désir qui l’avait toujours animé, qu’elle ne pouvait maquiller, qui engloutissait l’ombre comme le rayon vert précédant la nuit.
Une vamp, parlons-en ! Tout au plus une starlette qui aime jouer à l’amante religieuse… une fois oubliées les parures de nuit, elle ne rencontre au miroir qu’un sourire de rasoir.
Et lorsque le champagne s’évapore dans le temps feutré de sa solitude, seul le bourdonnement de la télévision lui cogne encore à la tête… ça, et son prénom, inlassablement.
Elle ne serait jamais sur les photos… du moins pas celles de son album de famille. Peut-être sur des clichés volés, parmi ses potes, ceux de la nuit.
Elle ne serait jamais sur des cartes postales, celles qu’elle brûle d’envoyer. Son nom déguisé, son prénom seul, sur des notes d’hôtel, celles qu’il vaut mieux brûler ou confier à des corbeilles, sur des aires d’autoroute…
Elle ne pourrait jamais lui offrir de bijou, s’enchaîner à son cou ou sertir son doigt, comme elle le rêvait à l’âge où elle jouait à faire des gâteaux de Peau d’Âne.
Elle se glissait encore contre lui, image persistante dont elle se délecte. Son corps ophidien frôlant le sien, aimanté, recréant le cocon éthéré d’une union qui jouait à l’éternité, jetant la pierre de la marelle jusqu’au ciel, à chaque fois. Elle sentait les battements de son propre cœur, obstinés, répercutés par sa poitrine à lui, puissante, impénétrable… la chambre sentait bon la fleur d’oranger, ouverte qu’elle était sur la grande salle de bains, et la chaleur suave des radiateurs les enveloppait de traces de caresses encore palpables.
Il avait eu soif d’elle, dès le début. Et elle s’était liquéfiée, offerte comme un breuvage exquis et délicieux, comme une unique fois, comme les autres fois… comment savoir que ça durerait ? Elle lui avait tout donné parce qu’il y avait urgence à vivre, à jouir, à être heureux, tout simplement. Et puis il était revenu. Elle était revenue.
Hier encore, elle l’avait suivi patiemment le long de cette route sinueuse, le long des trottoirs, à cinq pas en arrière, discrètement, volant plus que marchant jusqu’à son bureau, repaire improvisé de plaisirs rapides.
Collision sauvage. Après avoir tant donné, elle prend aussi… un peu.
Ils se connaissent par corps. Son cœur à elle détale vers l’heure qui suit. Ils vont jouer.
Comme elle a déjà joué à être sa femme, elle joue aujourd’hui à être sa collaboratrice.
Dans ce joli petit restaurant, ils déjeunent du bout des lèvres, des lèvres qui se retiennent de rire, qui mélangent le « tu » et le « vous », qui se taisent sous des yeux qui se dévorent.
Plus tard, l’hôtel, une sieste d’après-midi, comme s’en offrent les amants…
Des moments de paresse tendre entre les draps blancs chiffonnés, comme s’en offrent les amoureux… des instants de grâce. Les seuls.
Et après…
La nuit leur appartient.
Enfin, au moins jusqu’à trois heures du matin !
Elle avait osé désirer vivre d’autres moments, des sorties publiques, des matchs, des dîners… Il les lui avait offerts petit à petit comme un don émouvant, un simulacre de bonheur. La promesse mort-née d’une vie à deux.
Peut-être était-ce aussi un jeu dangereux… parce que chaque départ était un vrai, aussi douloureux que l’ultime. Parce que les rires, la complicité et même les jalousies ne faisaient que les rapprocher davantage.
Et puis demain… elle retrouverait le glas du départ, le silence d’un téléphone qu’elle préfèrerait couper, comme à chaque fois.
Et un jour ou une nuit, elle lui rendrait tout. Elle se rendrait.
Solde de tout compte.
Chacun sa place.
Mais demain, ça peut être encore loin !
Alors fermer les yeux, sourire, aimer, gémir, hurler, jouir, se faire une seconde peau de caresses…
La porte qui claque, ses pas qui s’estompent, étouffés par la moquette du long couloir.
Au creux de son ventre, le plaisir ne se dilue pas, lui. C’est une épine qu’elle s’est enfoncée elle-même, lui semble-t-il.
La fille de ses joies, peau arrachée, première, seconde ? Pauvre sourire,
Perdue dans ce lit soudain trop grand, elle sait pourquoi elle dort seule.
Elle se souvient…
Elle n’a pas été celle qu’on étreint au petit jour… ou si peu.
Celle qu’on regarde dormir.
Celle qui peut tout partager, bon ou mauvais.
Elle n’aura pas été une fille de joie non plus… il aura été le seul.
Elle effleure distraitement l’étoffe sombre de la robe jetée au sol, le cadeau qu’il vient de lui faire. Elle n’en a pas reçu beaucoup de lui, mais à chaque fois, elle a senti qu’il n’aurait pas fait cela pour n’importe qui.
Non, elle n’aura pas été n’importe qui.
La fille de ses joies.
Pour le moins…
Cara Mia
07 février 2009
Une autre étoile
Ignores-tu que chaque jour, chaque nuit, dans l’espace infini, certaines étoiles absorbent tant de lumière qu'on ne pourrait pas les voir ?
Ce sont les trous noirs, béants, avides, mystérieux, impatients…
Et il y a certaines nuits où mon désir m’éveille avec cette sensation cosmique au creux du corps qui me broie jusqu’à l’âme… un sentiment d’impuissance insupportable à retrouver cette lumière que j’ai absorbée et à la faire scintiller sur ma vie.
Vide.
Alors, mes pensées folles puisent au miel des souvenirs, des envies hébergées dans ce formidable laboratoire d’alchimie qu’est la mémoire de l’amour.
Des pensées qui papillonnent et se fondent dans le silence de mon sanctuaire.
Peu à peu, des pétales d’or scintillent sur le printemps de mon cœur rêveur, mon corps se diapre de lueurs timides, mes yeux les ressuscitent, les feux de nos désirs…
L’instant d’un soupir évasé, d’un voyage microcosmique, d’un vertige qui nous a fondus en Un.
Je bascule dans ce gouffre hors du temps, mes mains s’égarent peut-être, je ne sais plus.
La jouissance me flagelle de ses rayons éblouissants…
Elle est toujours au-dessus de moi ici, de toi là-bas, de nous séparés ou unis, passé ou présent… Notre étoile.
Ô toi, passant imprudent, spectateur de mes nuits de mystère, ne crains-tu pas que je t’absorbe, te dévore et ne te rende jamais à ton monde ?
Cara Mia
01 février 2009
Centième
Je me souviens de mes doigts empressés, cavalant derrière l’idée fugace, enrobant la forme imprécise de méandres noirs…
C’était avant ce clavier, je n’écrivais, ne dessinais que pour moi.
C’était avant d’être on-line et de livrer mes liners, mes nus, mes rires ou mes tripes.
Avant d’envahir vos pupilles vagabondes ou vos conduits auditifs curieux ou juste errants.
Un regard…
Qu’attend-elle Miss Cara Mia ? Juste un regard sur ce qui sourd, coule et se répand de son esprit tapageur ou timide, de son ventre ou de son cœur… tout simplement. Un regard peu importe qu’il soit bienveillant ou indifférent, les jugements glissent sur elle comme l’eau de son bain.
Ici, elle peut dire tout ou peu… mais les mots comme les images sont toujours d’une force redoutable, non ?
Ici, rien n’est tiède…
Cara Mia, c’est une représentation de moi, une sorte de complétude désincarnée m’a-t-on dit, mais tellement moi en même temps ! Derrière celle qui se paie le luxe (en souriant de honte) de vous parler d’elle à la troisième personne aujourd’hui, il y a celle qui se pose devant l’écran au petit matin, dépitée de n’avoir pas su séduire suffisamment Morphée.
Il y a la petite fille aux grands yeux de source, inquiète, retenant ses sourires et ses peurs.
Il y a la femme-enfant, la maîtresse-femme qui arrache à la virtualité rebelle tous les fruits des possibles… parce qu’elle rit de se jouer des apparences et qu’en somme, elle veut du vrai.
D’ici et de plus loin, les mots se sont posés, pas comme des cadeaux mais bien présents tout de même... alors merci !
Il y a eu des mots tendres et consolateurs, des signes émouvants et familiers, de doux délires complices, des fous-rires et puis d’autres mots inconnus ou surprenants qui se posaient, inattendus, sous mon regard, comme des caresses ou des épines.
Rien de grave au pays imaginaire... Lui m’a appris à les retirer, à ignorer la douleur, à la laisser s’apaiser au fil impavide du temps ou de la toile.
Mais il y a aussi une forme d’aliénation… Vous l’avez ressentie vous aussi un jour ou une nuit, peut-être plus longtemps ?
Est-ce une malice dissimulée en moi ou le propre de ce monde… je ne sais encore quelle part des deux prédomine. Seulement, j’ai eu de la colère, des morsures, une exaltation certaine parfois : soumise à cette électrique clarté de l’écran comme à la blancheur d’une toile ou d’une page vierge en leur temps. Des heures durant… Révoltée contre le désir, l’amour, le manque, l’objet de mes feux qui m’inspirait, contre moi qui m’éviscérais pour rendre la profondeur de ces sentiments à sa justesse. Etre l’esclave de ce que vous pouvez appeler de l’exhibition (et que j’appelle aussi création parfois) condamne… Toutefois, quel bonheur lorsque l’on a rendu ce que l’on souhaitait !
Rien n’est jamais neutre ou anodin ici pourtant, souvenez-vous… ma peau, mon cœur s’inscrivent en filigrane de tout.
Souriez à mes joies, emparez-vous de mes amertumes, possédez un instant mes images… tout ceci est pour vous mais c’est surtout moi…
Chaque lueur que je dépose dans ces eaux, je l’ai arrachée de mes ongles à ma propre chair… j’aurais pu en crever parfois, d’autres fois elles m’ont fait revivre ! C’est un combat étourdissant à livrer pour et contre soi-même.
J’ai mal face à l’incompréhension de ceux que j’aime.
Ou quand il n’y a rien, rien d’eux… ma vie durant, tout sauf l’indifférence !
Alors j’efface, je passe, je respire mes rêves mouillés… tendre amour
J’attends un autre jour.
Le meilleur, c’est toujours Demain…
Cara Mia
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