Bain de Mes Nuits

"Cara Mia..." De l'enfance innocente aux plaisirs d'une femme, ces deux petits mots sont moi, ma musique intime que seuls ceux qui m'ont aimée et m'aiment encore soufflent à mon oreille...

14 novembre 2008

Un billet d’où

db

Une soirée, deux soirées, un rendez-vous.
Mais avant tout,
Une journée à rendre fou !
D’impatience, de connivence, de romance, d’existence…
Et tout cela à l’intérieur de mon crâne, solitaire, où se déroule le film de ce qui fait depuis quelque temps mes plus jolies parenthèses, des retrouvailles.

L’aurore laiteuse est complice, la brise douce en ce matin rose de septembre. Mes pas vont et viennent dans le hall de la gare, je ne peux m’arrêter cinq minutes de parcourir le sol, c’est une journée-voyage.
Envie de m’étourdir de fêtes et de liberté, même si en filigrane il n’y a que le retour.
Envie de sourire à tous, les voyageurs pressés, les mendiants, les passants… leur dire que je l’aime et que je vais le retrouver.

J’aime les trains.
J’aime leurs caches, leurs doux ronronnements, les tableaux fugaces qu’ils m’offrent, la rapidité tranquille avec laquelle ils me font changer de rive.
Serré dans ma poche, le billet est là, je le caresse distraitement, charnellement, comme une lettre d’amour.
Je me cale près de la fenêtre, je suis seule sur la banquette, j’appuie ma tête contre la vitre et je commence à jouer à faire de la buée, à y dessiner des petits riens interdits du bout des ongles, comme les enfants, j’attendrais presque qu’on me gronde…
Qu’une voix inconnue rompe le silence bourdonnant du wagon, m’arrache aux paysages mouvants, éclatants de lumière, aux entrailles ténébreuses des tunnels qui se succèdent, à mes pensées qui volent bien plus vite vers les brumes du nord, vers une autre voix bien familière celle-là.
Ballottée par le ronronnement mécanique, je m’abandonne, j’oublie les horaires, les correspondances, le réseau capricieux qui taquine mon téléphone. Mes mains glissent sur ma gorge nue, préfigurant le geste attendu à l’arrivée, un soupir d’aise m’étreint, mes songes tissent un voile.

Chaque voyage est comme la vie, on se laisse emporter, seconde ou première classe, les regards se croisent, les bagages nous suivent, ou pas, on connaît tous la destination mais peu importe ! Mes rails ne sont pas linéaires, j’ai choisi de me détourner du droit chemin quotidien, tant de fois déjà !
Le terminus se profile, grisant, comme un parfum de scandale. Mes seins se tendent de froid ou de désir déjà, de tout cela, ma main gauche en apaise le feu comme la glace pendant que la droite s’affaire à enrouler le précieux billet autour de ses doigts.

-          Titre de transport, mademoiselle, s’il vous plaît !

Je rougis instantanément, rieuse.
Est-ce écrit sur mon visage, ma mise, que mon parcours est grisant comme un vin de Bohème ?
Le contrôleur sourit, amusé. J’attends qu’il tourne les talons et je sors un petit miroir de mon sac : cheveux en bataille, joues roses, chemisier échancré sur mon cœur battant… et mes yeux qui brillent tant !
Bah ! Arranger ma mise serait un remords et je n’en ai pas, je ne me conforme plus à rien, je plane sur les ailes d’une éternité mensongère. Rebelle de quelques jours.

Quelques instants, je m’imagine le retrouver là, dans ce wagon, nous ne serions plus de ce temps, du nôtre…
Un décor ancien, un train tiré par une ardente géante, ces vieilles locomotives au cœur de braises, des banquettes d’acajou capitonnées de velours nous auraient accueillis, je crois même que j’aurais porté un corset à l’insupportable laçage et une longue jupe qu’il aurait pu trousser !
Mais je digresse…

Je le tiens toujours dans ma main, mon billet doux.
Je sais que là-bas, tout au bout de deux correspondances, il y aura la lumière dorée du couchant sur mes paupières encore engourdies de rêve et de faim.
Je sais que le quai sera vide, que j’aurai envie de jeter mon bonheur de papier désormais inutile, de courir dans la fraîcheur piquante de cette ville inconnue, de me défaire peu à peu comme d’une mue de mes sangles, liens et boutons, déjà, dans l’ascenseur de l’hôtel.
Puis d’attendre là, complètement nue, sous le jet d’eau chaude de la douche durant une heure… Attendre qu’il arrive avec la nuit, que la porte s’ouvre doucement et qu’il me tire de mes écumes odorantes.
Que la porte se referme et…

Pendant que j’oublie les trains en partance qui réunissent ou qui séparent.

Cara Mia

Corsetting_by_TheTragicTruth_Of_Me

Posté par Cara Mia à 17:14 - En eaux claires - Commentaires [29] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Le train-train vers son destin...

J'ai adoré ce papier et je suis heureux d'être le premier à te le dire, d'abord parce que tu écris avec un lyrisme poétique que j'aime bien,
ensuite parce que j'ai toujours été fasciné par les trains où je me sens généralement bien, le bruit, l'ambiance, le paysage, la rêverie qui accompagnent nos voyages...
L'Orient-Express, haaaa : l'Orient-Express et ses nuits imprégnées dans le décor 1900 et les boiseries chaudes de ses voitures restaurant et/ou couchettes, aussi belles que les souvenirs qu'elles recèlent à jamais...
J'ai diné il y a peu dans une de ses voitures récupérées par un convoi touristique sur rails, c'était divin au milieu de ses fantômes de belles femmes en robe de crinoline et leurs soupirs...
Et puis c'est vrai le train réunit ou sépare, c'est selon, mais jamais son atmosphère n'est sans émotions...
Bises amicales à toi...

Posté par Valmont, 14 novembre 2008 à 18:58

Je me laisse transporter par ton voyage... par cette invitation...
Bises

Posté par Indo, 14 novembre 2008 à 19:05

voyage au bout du paradis

hum...les transports en communs ont avec toi un parfum d'érotisme et de romance que jusqu'ici je ne leur soupçonnais pas !!! doux billet pour un sweet week end to you Cara Mia pretty girl you are !!

Posté par jean-philippe, 14 novembre 2008 à 23:14

Cara, c’est un plaisir de vous suivre, inspirée et rêveuse dans cette gare et ce train qui vous emporte jusqu’à cette chambre de transit vers un autre voyage...

Posté par A@Quarantaine, 15 novembre 2008 à 00:58

J'entend le bruit des roues des wagons sur les rails en vous lisant.
Il devait être agréable de poser les yeux sur cette voyageuse.
Je me laisse bercer en attendant.

Posté par X-Addict, 15 novembre 2008 à 04:53

train

Nous sommes nombreux à aimer le train, tout autant que nous détestons le train-train... la langue Française est décidément bien étrange et rend le bégaiement d'autant plus handicapant.

Posté par Elise et Marc, 15 novembre 2008 à 11:32

j'espère que la fin du voyage

fût aussi poétique que le début.

bises coquines

Posté par Cheyenne, 15 novembre 2008 à 20:03

magnifique !

texte absolument magnifique tout est dit tout est peint

j'adore ta phrase " Mes rails ne sont pas linéaires, j’ai choisi de me détourner du droit chemin quotidien, tant de fois déjà !"

mille merci pour ce moment de litterature

Posté par waid, 16 novembre 2008 à 10:36

ça me rappelle le mien

Comme tu sais j'adore les gares et les trains...Ton billet me rappelle celui que j'avais écrit cet été
http://volcane.canalblog.com/archives/2008/07/22/10010547.html#comments
Une sensualité toujours à fleur de peau, ma douce...Baisers doux.

Posté par Volcane, 16 novembre 2008 à 13:00

J'aimerais

faire un petit bout de voyage avec toi,avant tes rdv...Bisoux Mitch.

Posté par Mitch, 16 novembre 2008 à 14:04

Divine !

Quel joli texte ! Le tien bien sur, mais également celui de grand corps malade..
J'hésite encore : aurais-je aimé être ce controleur qui perçoit le trouble qui t'a emparé, ou plutot le voyageur assis à tes côtés, qui aurait peut-être osé entamer la conversation...
Le fait est que je prendrai volontiers le train en ta compagnie, ou alors t'attendre à la gare..
bises dominicales

Posté par S., 16 novembre 2008 à 15:56

Ah la vapeur....

... Avec en toile de fond l'Orient Expréss... Tout un programme, une légende un fantasme pour un amoureux des trains!
Avec le train j'ai connu mon plus grand bonheur, en repartant avec lui j'ai certainement fait la plus grande bourde de ma vie...
Du coup je me lance dans le modèle réduit, une ligne imaginaire, un direct le sud-ouest/Metz ou je laisse mes désirs et fantasmes embarquer pour de fous moments...
Jaime toujours autant vos mots...

Posté par SCAB, 16 novembre 2008 à 17:27

muse !

je reviens pour t'offrir cette chanson de mon répertoire qui s'intitule "ma muse m'amuse" que j'avais écrite pour une femme que j'aimais ...elle pourrait tout à fait te convenir en hommage à ta beauté fatale et solaire .
ici :http://www.wat.tv/audio/jerry-ox-202x_11shc_.html
bonne écoute à très bientot !

Posté par jean-philippe, 16 novembre 2008 à 22:55

se laisser transporter par tes mots !

Posté par yoyostereo™, 17 novembre 2008 à 10:20

Décidément, au bout de vos lignes, c'est bien de transport qu'il s'agit. D'où que soit parti ce billet, il nous arrive pleine peau, comme un frisson subtil que la vitre du wagon nous envoie en reflet.
Un plaisir double ... là encore.

Posté par Slevtar, 17 novembre 2008 à 12:47

Il y a toujours un je ne sais quoi quand on prend le train... une atmosphére particulière que tu décris des plus belle des façons.
Je t'embrasse Cara

Posté par ashtarte, 17 novembre 2008 à 17:41

"chaque voyage est comme la vie" dis tu, c'est vrai ..
baisers doux à toi..

Posté par Vallisnéria, 17 novembre 2008 à 19:54

Oups!

De blog en blog, mon voyage est extraordinaire:-)
Très belle plume...C'est si vrai "Chaque voyage est comme la vie, on se laisse transporter..." J'aime être transportée, vous m'avez transportée.

Posté par Vellini.B, 17 novembre 2008 à 23:22

Il est des voyages d'où l'on ne revient jamais indemne...
Celui-ci fut des plus fabuleux, les mots, accrochés les uns aux autres tels des wagons, ont cheminé dans mon esprit et m'ont laissé t'imaginer dans ce train...
Bises douces

Posté par MamzelleCoccinel, 19 novembre 2008 à 15:02

Jamais indemne

Je ne le serai plus jamais après cette année en ces lieux, après ces voyages que tu nous as offets, jour après jour, avec tes mots si intimes que chacun peut croire qu'ils lui sont destinés !
J'aime à penser, imaginer, me persuader qu'ils me sont (me seront) destinés.
Tant d'heures égrenées où tout ton coeur, ton corps, ton temps, ton espace, ton esprit sont entièrement dévolus à cet amour.
Qu'il doit être bon et doux d'en être l'objet.
Etre aimé de toi, Cara...

Posté par Yann, 19 novembre 2008 à 17:57

c'est pas le TGV ...

Magie d'un train mythique...
Bisous et bonne nuit...

Posté par Titia, 20 novembre 2008 à 00:33

de retour sur mon blog préféré dont j'aimes les transports et l'écriture…

Posté par yoyostereo™, 21 novembre 2008 à 13:09

comme j'ai aimé lire ton texte Cara. Les cheminements que tu décris, celui du train et le tien, sont plein d'images dont j'aime voir les lueurs allumées par tes mots.
je t'embrasse fort
Armandie

Posté par armandie, 22 novembre 2008 à 00:17

Cèdulie

Joli texte qui me laisse rêveuse aussi ...je me glisse souvent contre la vitre , je vois ces paysages qui défilent ....
Selon la longueur du voyage ....les rencontres débutent sur le siège , tu rentres discrétement dans la vie de l'autre ...petit moment magique !

Posté par Cèdulie, 22 novembre 2008 à 07:47

Train

Oui, qui réunit ou qui sépare, comme tu le dis si bien.
C'est vrai que durant toutes ces heures passées assis à ne rien faire on a le temps de penser à ce qu'on a fait, ce qu'on fait, ce qu'on aimerait faire et ce qu'on aurait du faire...Nostalgie mélancolique.

Le train. Mais, du fait de mon métier, je n'en peux plus du train, j'en ai fait une overdose.

Posté par Arnaud, 23 novembre 2008 à 10:32

Cara Mia...

Valmont, quelle chance tu as d'avoir pu t'imerger dans ce passé-là quelque temps, j'adorerais ça ! Merci pour tes mots et ton enthousiasme :)

Indo, as-tu toi aussi acheté (ou reçu) un billet doux ? bises...

Jean-Philippe, tu ne le soupçonnais pas ? Bien des lieux deviennent caméléons de nos émotions comme de nos instincts... un week-end ? de milieu de semaine alors. J'en profite puisque mon travail me le permet ;-) Sourires

Animal, vous avez raison, ça n'est toujours que le début du voyage... les débuts renouvelés ont cela de magique, et d'intense ! Merci de partager mon plaisir.

X-Addict, en attendant... quoi ? la suite est dans mon prochain post :) Laisse-toi bercer, oui, comme moi, la toile nous offre l'occasion de le faire, de rêver aussi.

Elise & Marc, la langue française a ses bizarreries mais la vie aussi : j'ai pris un "train-train" pendant des années pour me rendre en fac et je vous assure que c'était d'un monotone !!! ;-))

Cheyenne, poétique ? Ouiii ! même davantage (lis la suite) je dirais... "chaud" ;-) bises ma belle.

Waid, tu me flattes avec "littérature", tu sais que ça me touche ;-) Je me doutais aussi que cette phrase-là t'irait comme un gant ! Merci à toi.

Volcane, merci de m'avoir remis ce lien, ton billet m'avait touchée cet été (même si je ne touchais pas trop terre :) D'étranges connexions entre nous, des émotions jumelles, ça ne m'étonne pas que tu ressentes tout cela en voyageant, je le comprends si bien. Merci, tendres baisers.

Mitch, oh, ce serait avec plaisir... mais tu vois, ce jour-là, j'étais comme "ailleurs" déjà, je ne me souviens même pas d'avoir croisé le regard de quiconque ! Et ce sera pareil demain...
Bises

S, m'attendre à la gare, riche idée, ma valise sans roulettes est toujours si lourde à porter ! ;-) Sans rire, j'étais dans ma tête dans ce train, le terminus et ses promesses réveillent bien ! Sourires

Scab, votre commentaire me ressemble, c'est amusant ! Prenez-vous encore souvent le train ? je vous le souhaite, et pas qu'en rêve...

Yoyostéréo, et un an et des poussières que dure le voyage... ;-)

Slevtar, on peut multiplier le transport alors, vos mots poétiques ont encore reflété mon voyage dans mon coeur... merci !

Ashtarte, je n'ai pas réussi à définir ce "je ne sais quoi" que je ressens aussi, juste à l'approcher, le cerner, un peu comme ces frissons dont on ne mesure pas l'origine mais qu'on laisse volontiers nous envahir... Bises

Vallis, comme la vie, une aventure. Ne pas rester sur le quai... Sourire

Vellini, bienvenue et merci de vous être laissée embarquer.

Mamzelle, ça me fait tellement plaisir de t'avoir touchée ! Je sais que tu comprends tout cela... je t'embrasse.

Yann, ta fidélité me surprend, tu n'as donc jamais commenté, même pas sous une autre identité ? Et pourquoi maintenant ?
Etre aimé de moi... celui que j'aime doit avoir son idée là-dessus, peut-être ;-)

Titia, je t'assure que c'était bien un TGV !!!
Bises ma belle

Armandie, oui, le vrai voyage n'est pas là où on l'attendait ici... je suis une contemplative à la base, mais j'aime aussi l'action ;-) Oh oh !
Je t'embrasse

Cédulie, j'ai souvent voyagé très loin à observer des trnaches de vie, là, immobile... mais quand on descend du train pour croquer la sienne alors, ça n'a pas de prix !!! Bises

Arnaud, une overdose ? à ce point ? je te comprends mais pour ma part, vu que c'était il y a longtemps, j'aime me replonger dans cette ambiance. Merci de ton passage, voyageur ;-)

Posté par Cara Mia, 25 novembre 2008 à 00:35

Finie la lecture, j'ai l'impression d'entendre le staccato des roues sur les lames métalliques qui vous mènent irrémédiablement vers le paradis... Dites, c'est loin le paradis ?

Posté par Gicerilla, 07 décembre 2008 à 09:10

mais non, ..

... tu n'as rien perdu du tout ;-)
http://partoutchezsoi.canalblog.com/archives/2008/12/05/11639197.html#c19715158
je t'embrasse

Posté par Vallisnéria, 07 décembre 2008 à 09:40

@ Gicerilla

Comme je t'ai répondu chez toi :
Le Paradis, non, il n'est pas loin... mais quand on y est entré, je crains qu'on ne puisse y demeurer longtemps, c'est une sorte de pavillon-témoin au bout du rail ! Enfin, s'il faut mourir d'abord pour pouvoir y rester, je préfère encore errer dans la Géhenne des vivants ;-)
Essayer d'atteindre le Paradis, c'est avoir encore du Désir et de l'Espoir, c'est ne pas vivre en aveugle je suppose...

Posté par Cara Mia, 19 décembre 2008 à 23:18

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