28 avril 2008
La Belle s'est réveillée
Les frous-frous prénuptiaux et les rêves de contes de fées vous émeuvent-ils encore ?
Avez-vous un conte de prédilection ?
J‘ai pris un livre de contes de Perrault et j’ai lu :
« Il était une fois un roi et une reine qui n’avaient pas d’enfant et qui en étaient fort désolés… »
Inquiète pour la présumée stérilité de ce couple, qui sans nul doute en ces temps reculés serait attribuée à la reine, j’imaginai les pires tourments s’abattre sur cette pauvre femme et me décidai à lire toute l’histoire par solidarité.
Passons sur la naissance miraculeuse (ouf ! pas de petit pois, pas de pomme empoisonnée, pas de panier avec galettes et beurre, pas non plus de construction périlleuse qui se termine en festin de jambonneau bien gras… moi qui suis sensible aux descriptions festives, je n’avais pas encore mal au cœur.)
Evidemment, la plus belle jeune fille du monde grandit et nous est présentée avec force détails comme si elle avait inventé la perfection physique, agaçante au plus haut point car elle aura non seulement conditionné les garçons au fantasme de l’Inaccessible mais aussi complexé les filles à vie.
Elle n’a pourtant pas inventé l’eau tiède et même si elle n’est pas sans savoir que les hommes ont découvert le feu, elle n’est pas encore capable de jouer avec !
C’est donc un ange de candeur et d'innocence, forcément aimable car silencieuse. *
Quand va-t-elle enfin me ressembler ?
A seize ans, je parlais plus souvent à mes parents qu’à ma quenouille (j’avais une quenouille ?) et pas seulement pour leur confier la recette de la tarte aux framboises.
Enfin ! Il se passe quelque-chose : la méchante sorcière qui n’a pas reçu de faire-part, la malédiction, les trois fées protectrices et, ô comble de merveille, le vrai, le fabuleux, le promis, le parfait car motivé au-delà du possible à donner sa vie pour une fille qu’il n’a non seulement jamais vue, mais surtout jamais entendue ! Le bellâtre fort et courageux qui délivre de son sommeil de cent ans une adolescente vêtue et coiffée comme sa grand-mère.
J’aimerais cependant la prévenir : il lui enverra certainement en pleine figure et à perpétuité « N’oublie pas que tu me dois la vie et que toi, tu t’es contentée de dormir ! » et ce, à chaque fois qu’elle lui reprochera d’avoir laissé traîner ses culottes (et oui, ses culottes) ou laissé tomber des poils dans le lavabo (auront-ils un lavabo ?)
Outre sa coiffure indestructible (vous savez, comme James Bond), Monsieur Charmant est assez sûr de lui, forcément, sa Belle ne se demande pas (et ne lui demande pas) s'il est bien membré... condition sine qua non selon moi (et mes contemporaines... avouez, les filles !) à une vie de couple qui durera plus de vingt minutes.
Bref, je passe outre ces questions existentielles et je constate, atterrée, que l’histoire ne se termine pas cette fois-ci par la sempiternelle formule « Et ils vécurent heureux, etc… » mais continue après le mariage.
Véridique.
Etait-ce une provocation de la part de Perrault que de vouloir montrer ce qu’il se passait ensuite ? Louable intention au demeurant car, en principe, on le découvre lorsqu’on le vit soi-même ! (voilà pourquoi ces faits "anecdotiques" ne sont pas dans les contes en principe... mais bon, aucune référence à leur vie sexuelle non plus, mystère.)
Donc là, la princesse devient mère de famille, terrorisée de surcroît par une ogresse, sa belle-mère. Elle appelle son petit garçon « Jour » (laissez-moi deviner, sa fille est baptisée « Nuit » ou « Ténèbres » ?) et, misère, misère, elle a à peu près textuellement « la peau un peu moins fine et la chair un peu moins ferme. »
Hébétée et fébrile, je cherche à savoir ce qui a bien pu lui arriver : A-t-elle fait la vaisselle ? Récupère-t-elle trop vite les cent ans qu’elle a passé à fainéanter au lit ? Après Jour et Nuit, elle n’a plus rien à faire de son corps et a arrêté la gym comme l'équitation, faute de monture ? Je ne peux pas compter sur elle pour me l’expliquer, elle est toujours aussi loquace…
Retour rapide, j’ai lu quelque-chose qui ne m’avait pas frappée au fil des pages. Ça y est, je l’ai trouvée, l’Infamie, c’est pire que tout ce que j’aurais pu imaginer... Devinez : elle a vingt ans !
Terrible malheur, non ? Je découvre alors amère, déçue (et en même temps ravie qu’elle ait enfin des défauts) que la « Belle au bois dormant » ne peut faire rêver qu’avant seize ans.
Je vais devoir renoncer à attendre Lancelot, je crois qu’il me trouverait un peu défraîchie…
Mais attendons la suite !
Foutu syndrome...
Cara Mia
* Erratum : autant pour moi, il est vrai qu’elle chante et parle aux oiseaux, aux écureuils, aux hiboux, aux lapins, aux arbres, aux abricots…
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