Bain de Mes Nuits

Cara Mia vous invite à découvrir la douce chaleur du Bain de ses Nuits et parfois les souvenirs de ses jours à travers ses textes, poèmes et photos érotiques soft.

29 février 2008

Alchimie

alchimie

La lune, c'est du miel quand tout va encore bien
(Bertrand Nobilet)


Comment aurait-elle pu oublier… ?
Voilà l’heure intime, le compte à rebours s’est arrêté, la mise à feu est proche.

Le voici, immense et immobile en haut de l’allée.
Elle se dirige vers lui, les regards se frôlent, les mains osent à peine, pas encore. La caresse bleue de ses prunelles glisse le long de ses cheveux défaits, de son manteau ouvert sur une sage jupe fluide, sur les bottes  à talons qui volent sous son nez et la dirigent vers l’escalier. Il est là, derrière, elle sent le poids de son regard assombri de désir, de son souffle rauque dont il vient d’effleurer son cou, animal. La jupe se balance, chaloupée. Les clefs s’entrechoquent, nerveuses sur la serrure. Ils franchissent le seuil, ils ne disent rien. Ils savent que les yeux s’accrochant vont tout allumer. Le manteau vole, le sac tombe au sol.
Prends-là avant qu’il ne soit trop tard !
Prends-là puisqu’il est trop tard !

Ma peau s'est souvenue de toi
Créant un manque où tout s'est engouffré
Tous mes sens ont suivi... un effet "pas assez fait" !

Mon nez s'est souvenu, et ma langue, et mes doigts...

Une vague violente les submerge, la marée sous l’effet de l’astre capricieux n’aurait pas mieux investi leurs cœurs muets. Dans la fureur contenue d’un océan de tendresse, se noyer d’ivresses sans inutiles promesses… Voilà leur nouveau credo.
Ses doigts d’homme pressé esquissent rapidement les contours de son corps de femme trop longtemps espéré, délaissé. La maille fine des bas clairs atténue quelque peu la pression, la caresse se perd sous l’étoffe brune et vaporeuse. Il remonte sans la lâcher des yeux. Ronde et pleine, sans aucune entrave de tissu, voici sa lune ! Il a apporté le miel… Elle le sent frémir contre elle, la ceinture glisse déjà sous ses petits doigts qui le sentent nu dessous, conformément à ses souhaits. Elle apprécie fermement et s’empare dans un soupir de gourmandise de sa virilité érigée si promptement. Il sourit furtivement. Reconduction tacite.
Lorsque ses mains à lui saisissent ses fesses tendues, il la sent prête à l’assaut.  Leurs langues jouent à se retrouver, leurs souffles à se respirer, à s’accélérer déjà, si vite, trop vite.

Ils ont essuyé une vague en ton nom
Une véritable et peu commune lame de fond
Ravivé la plus infime de mes sensations
La plus intime de mes perceptions...

L’alchimie opère encore, pourquoi en avoir douté ?
Le monde bascule, le temps n’est plus. Il la soulève comme une plume, ses jambes serpentines s’enroulent autour de lui. Elle a retrouvé sa place, dans ce creux de chaleur… Il peut bien l’emmener n’importe où. Objets épars, chemins prestement parcourus. Il la pose sur le plan de travail, elle ne sent même pas le froid des carreaux, les verres qui tanguent, les ustensiles qu’il chasse prestement. Leurs sexes se frôlent déjà, aimantés. L’envie de peau est violente, viscérale. Les tissus sont repoussés, les corps s’extirpent vivement hors de cette chrysalide d’attente et de mascarades. Enchâssés, enchevêtrés, jeux d’étreintes profondes. Ils s’appartiennent. Elle sourit, son miel s’écoule déjà, l’invite à se glisser au plus profond. Elle s’accroche à son cou. Il la renverse et la pénètre enfin, leurs râles se font plaisir, leurs murmures n’ont plus ni vanité ni jalousie.

Je m'ecchymose, me blesse, me soûle, me noie au creux de ton absence...
Ravive, allume, verse, espère-moi encore un peu dans l'indécence !

Chut... je sais enfin ta présence.

Cara Mia

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26 février 2008

A mon tour !

tagu_e

Je croyais être seulement tatouée et voilà que Miss Pélisse  m’apprend que je suis « taguée » !
C’est incroyable comme les gens aiment se marquer et marquer les autres… (aparté)
Me voilà donc à vous livrer six de mes tares les plus intimes si ça vous intéresse, sinon, passez votre chemin (oui, je mets des photos histoire de vous entrelacer un peu dans mes mots, me suis pas fatiguée pour rien, non !)

Règlement :
- Mettre le lien de la personne qui vous tague (c'est fait, merci ma Miss !)
- Mettre le règlement sur votre blog (le voici)

- Mentionner six choses/habitudes/tics importants chez votre petite personne (à suivre ci-dessous… seulement six ? Mais j’en ai des centaines !)
- Taguez six personnes à la fin de votre billet en mettant le lien de leur page perso (vous n'y échapperez pas !)

- Avertir directement les personnes taguées (évidemment, parce que je suis polie moi, non ?!)

1/ Je suis insomniaque : un véritable oiseau de nuit (vampire ou lycanthrope vous diront ceux qui me connaissent en clin d’œil à mes passions littéraires ;-) Je « m’éveille » à l’inspiration, à la curiosité (je vous visite !) à l’écriture (ou à autre chose, si, si) après minuit et il sera fort et persuasif celui qui me convaincra d’aller au lit avant 23 heures ! La nuit me fait peur et me calme à la fois, c’est mon cocon douceur-douleur… enfin, je n’entre pas dans les détails, je ferai un post sur mes errances nocturnes, même si ça n’intéresse personne (c’est môôôn blog, Miss, tu m’as taguée mais j’y mets aussi ce que je veux !) Bref, j’adore aussi réveiller mon partenaire en pleine nuit pour le désengourdir à ma façon (sourire) mais ça reste… très rare ! Comprenne qui pourra.

2/ J’ai une véritable phobie des poils !
Chez un homme déjà, je ne tolère une toison que sur les parties ordinairement viriles et encore, si elle est anecdotique et savamment entretenue par un jardinier habile, ça n’en est que mieux (les « tresses » de poils, quelle horreur !) En fait, j’aime sentir le grain de la peau, les caresses directes sans anicroche aucune.
Ce qui m’amène à parler de ma propre pilosité : depuis l’adolescence je traque sans ménagement le moindre poil et ce sur chaque centimètre carré de mon corps (si, si, même mes bras où il y en a quatre qui se battent en duel !) Bon, je n’ai rien contre mes sourcils et mes cheveux mais il faut que je les maîtrise aussi. Là où d’autres s’acharnaient sur l’acné (qui m’a heureusement épargnée) j’employais une véritable panoplie d’armes diverses telles que la cire chaude, la pince à épiler, voire même l’aiguille pour dégager ces maudits poils qui poussent invariablement sous la peau. Enfin, manie depuis peu calmée par la découverte de l’épilation définitive, traitement un peu coûteux et long mais dont je constate l’efficacité.

3/ Je suis une accro du téléphone et tous ces trucs, sms, mms… qui me faisaient marrer chez les autres avant (oui, c'est récent.)
Disons à tout ce qui me rend un peu moins transparente ou seule et me donne la sensation d’exister (oui, je sais gros boulets à lire entre les lignes…) Pathétique selon certains, « mimi » selon d’autres.

Allo


4/ Je n’ai aucun sens de l’orientation.

De plus, je suis une fille des collines et du littoral (une « bouseuse », faut pas exagérer quand même !) et je déteste la ville comme la foule qui devient une marée humaine informe assez menaçante pour moi (vu que je suis très myope et ne supporte pas les verres de contact, allez zou, lecteur ! colle-moi des lunettes pour parfaire le portrait de la blonde !) Donc, je me perds même dans la ville où je suis née et ailleurs, même à pieds, j’ai besoin d’un guide-boussole. Trait typiquement féminin paraît-il. J’ai même acheté un de ces miraculeux petits GPS qui sont tellement faciles à programmer que j’ai dû tourner en rond deux heures en voiture dans une grande ville sans pouvoir rentrer chez moi. Bon, je vous rassure, j’avais mis mes lunettes pour conduire et j’ai réussi à suivre les panneaux « à l’ancienne » pour revenir au Cul-du-Loup, mon repaire.

5/ Je suis hypersensible aux odeurs. L’hygiène est une marotte chez moi (d’où l’idée des photos salle de bains d’ailleurs, j’y passe un temps appréciable.) Impossible d’ouvrir la bouche sans passer par la case dentifrice le matin, exemple parmi tant d’autres. Je déteste la promiscuité avec des inconnus : ascenseurs, endroits bondés, boîtes de nuit, la fumée évidemment… je ne me suis pas encore habituée à cette loi qui l’interdit et je ne pense pas que je peux sortir désormais, c’est vrai.

6/ Ah, il faut un tic… galère !

Donc, je suis une fausse calme sous une apparence tranquille, voire même lymphatique (oui, les méditerranéennes pratiquent assidûment la sieste -toutes les siestes- dès que possible, rien de meilleur…)
En fait, j’ai mes moments de colères monumentales comme de passions échevelées… Mais tout cela au terme d’une lente et minutieuse ébullition. Faut parfois se lever du milieu et se méfier de l’eau qui dort !
Question symptômes, si on m’observe bien, ma nervosité se manifeste par une contraction infime et régulière des mâchoires. J’ai aussi besoin, en toutes circonstances, de tripoter un objet…  (sourire) façon antistress je veux dire : un bijou par exemple ou une mèche de cheveux. Quand d’autres se rongent les ongles, je préfère jouer discrètement avec mon piercing, ni vue ni connue.

PS (parce que j'aime les PS, il en faut toujours un !)

Je montre pas mal de lingerie ici et j'aime ça mais sachez que je n'en porte que rarement, question d'occasion... par contre, j'adore les jeans alors dernière photo : habillée, voilà !

jean_noir

Dites, j’ai joué le jeu, Miss !??
Je n’ai mentionné que des choses bien agaçantes qui auront tôt fait de me faire une réputation de barge sous des dehors policés ! Pour le reste… chuuut ! Je suis parfaite il paraît.

Concert d’éclats de rire... merci, bonsoir !

Pour refiler le bébé, je choisis mes amies (oui, mes relations féminines car je les ai délaissées au profit de beaux mâles dernièrement) si elles n’ont déjà été épinglées par d’autres :
Volcane, Velouria, Soleil de Juillet, Kattig, Mamzelle Coccinel, Ashtarte

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24 février 2008

Ôde aux hommes

Je n'ai pas résisté à illustrer ce poème que j'aime beaucoup des dernières contributions masculines que j'ai eu la chance de recevoir...  Merci messieurs !
Alors penchez-vous un peu mesdames et mesdemoiselles et laissez-vous emporter par des songes de désir au son de l'eau, du vent ou en silence, plaisir des yeux...

Ôde à l'amant

fond_blanco_NB_Fl
son blog, Liberté et domination

Tu es la vigueur du soleil
Et ta sève embaume.
Elle est un ruisseau de mai sous l'aubépine,
Plus douce que la fleur du sureau.
Tu te dresses et tu es la force de la forêt !

complice1


Tes reins blessent mes mains nouées,
Tu es rude comme un chêne.
Je t'ai baisé comme un rouge-gorge dans ma main,
J'aime la tiédeur de ton corps dans ma main.

complice2
Je me rassasie de ton odeur sauvage
Tu sens les bois et les marécages
Tu es beau comme un loup,
Tu jaillis comme un hêtre
Dont l'énergie gonfle l'écorce.
Le nœud de tes épaules est dur sous les mains
L'axe du monde est dans ta chair.
Mais je louerai ton cri sauvage,
Mais je louerai ton corps qui embaume,
C'est un bois sauvage aux rudes fleurs.
Je louerai ta brutalité,
Le sanglot rauque de ta chair

502sdb 
son blog, LostXway

Je louerai ta sève immense
Où l'univers est en puissance.
Je louerai tes poings et comment ils se dénouent
Tout à coup quand tu retombes
Au creux d'une épaule,
Plus doux qu'un petit enfant
Et plus innocent qu'un ange.

Marie Dauguet - 1860-1942

502fesses

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20 février 2008

Jeux de liens

liens

Je ne dirai pas lequel ou laquelle d'entre vous m'a donné envie de délacer mes dessous
(question de bonne éducation) mais chose promise, chose due !

Si tous les liens pouvaient se défaire aussi facilement et ne susciter que des caresses... (soupir !)


lien



Certains liens se délacent au crépuscule, quand d'autres liens invisibles se nouent...

Comment aimeriez-vous les démêler ?
Seriez-vous sensuel(le) et doux(ce)... ?
Seriez-vous empressé(e), impatient(e)... ?
Quels liens vous affolent ou vous agacent ?
A vous de me dire comment vous aimez délasser et délacer votre partenaire lorsque vient l'heure intime.
Vos petites proses me donneront peut-être envie de relâcher un peu plus le lien... (sourire)


Cara Mia

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16 février 2008

Angel-isthme

angel_isthme

Le miracle de l'amour, ce n'est pas d'aimer un homme ou une femme : c'est de s'aimer soi-même juste assez pour être capable d'aimer vraiment une autre personne. (Roger Fournier)

En amour chaque aile d'amance est charnelle,
Chaque ange est une terre, un océan, un univers,
A caresser, parcourir, investir telle une citadelle
Chaque plume frôle, frissonne la peau à l'envers
Un voyage aux confins de l'intime,
De l'immensité à la pulsation infime...

Sortir de l’ombre, sortir du nombre des ombres

Indifférentes aux gangues de nuit qui les séparent

Se rejoindre en ce moment où le temps s’effondre

L’abîme franchi, la pulpe des doigts enfin s’empare

Des fragments de chair, l’élan de deux âmes amarrées
L’isthme divin les foudroie sous la lumière d’or poudré

Cara Mia

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12 février 2008

Belles Ondines

Elles m'ont fait l'amitié de leurs premières contributions aquatiques pour mon album "Nel Bagno", voici donc mes belles ondines... honneur aux dames !

2008_027photos0002  Volcane
" - Ecoute ! - Ecoute ! - C'est moi, c'est Ondine qui
frôle de ces gouttes d'eau les losanges sonores de ta
fenêtre illuminée par les mornes rayons de la lune ;
et voici, en robe de moire, la dame châtelaine qui
contemple à son balcon la belle nuit étoilée et le beau
lac endormi.

  Narracara  Narracoeur
" Chaque flot est un ondin qui nage dans le courant,
chaque courant est un sentier qui serpente vers mon palais,
et mon palais est bâti fluide, au fond du lac, dans le
triangle du feu, de la terre et de l'air.

LS_douche3  La Sorcière
" Ecoute ! - Ecoute ! - Mon père bat l'eau coassante
d'une branche d'aulne verte, et mes sœurs caressent de
leurs bras d'écume les fraîches îles d'herbes, de nénuphars et de glaïeuls,
ou se moquent du saule caduc et barbu qui pêche à la ligne ! "
naamah  Lady Naamah
Sa chanson murmurée, elle me supplia de recevoir son
anneau à mon doigt pour être l'époux d'une Ondine, et
de visiter avec elle son palais pour être le roi des lacs.

velouria1  Velouria
Et comme je lui répondais que j'aimais une mortelle,
boudeuse et dépitée, elle pleura quelques larmes, poussa
un éclat de rire, et s'évanouit en giboulées qui ruisse-
lèrent blanches le long de mes vitraux bleus.

Aloysius Bertrand (1807-1841)

oxanne
Oxanne (Oxanne et Jori)

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05 février 2008

Mademoiselle

Mademoiselle1


Mademoiselle attend...

Mademoiselle rêve de liens secrets,
de lune de miel en milieu de semaine au coeur d'un hiver pas-de-d'eux.
Mademoiselle chasse ses sombres pensées dans le rouge de ses dentelles.
Mademoiselle pense au refuge cocon-douceur de ses bras,
aux sourires dessinés sans plus de contraintes.
Mademoiselle panse ses plaies d'espoir déçus sur la gamme des portraits esquissés,
petits bouts d'elle en Vous majeur.
Mademoiselle danse seule sur les notes lascives d'un corps-à-coeur anticipé, craint, désiré, ressuscité.
Mademoiselle a peur...

... d'aimer

Cara Mia

Mademoiselle2

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01 février 2008

Nue et crue

Moi_jme_nourris_a_l_Art_by_MilkyBerry

Les yeux baissés...
Ça commence toujours comme ça.

J’entends le froissement du papier, les bruits de sacs qu’on fouille, les conciliabules entre étudiants. J’essaie de ne pas écouter leurs conversations, je n’aimerais pas savoir qu’ils parlent de moi.
Puis les sons s’estompent, je sais qu’il va venir me chercher. Le rideau s’entrouvre. « Vous êtes prête ? » J’acquiesce. Je garde les yeux baissés. Ma peau est moite, chaude et transie à la fois sous le peignoir d’éponge, mes pieds nus glacés sur le sol froid. Légers tremblements d’attente, d’excitation, de honte mêlées. Ça va passer, je le sais. Ce moment est le pire : le silence, j’envahis leur espace, j’entre sans les voir et bénis le ciel qui m’a faite myope. Dans un brouillard que je force un peu, je me hisse sur la table au centre de la salle de classe, je laisse glisser sans attendre le peignoir à terre et le pousse du pied. Inspirer, redresser la tête, offerte, nue et crue.

J’entends battre mon cœur dans mes tempes douloureuses : c’est l’heure du jugement. Même court, même inconscient, il est là, son poids m’écrase. Ils me voient femme et je ne veux pas rencontrer le miroir de leurs yeux saisis. Je fixe un point au loin sur le mur et fermement, choisis ma première pose : c’est moi qui décide et donne le départ. Alors, j’entends le frottement des mines et des fusains sur le grain du papier, les regards ont dû se baisser. J’expire enfin. L’écran entre nous s’est dressé, le jeu peut commencer. Dans ma nudité dressée sur ce piédestal de fortune, impudique, j’offre l’image de la femme, de toutes les femmes, je ne suis plus moi. Il m’est bien arrivé parfois de saisir un chuchotement, un ricanement, surtout chez les « première année », vite désamorcé par un geste du professeur. Ils connaissent les règles comme je les connais, j’y suis passée moi aussi, de l’autre côté de cet écran, un crayon à la main. Mais aujourd’hui, ma toile est vide, les bases sont jetées, digérées, tournées, détournées… je ne saurais peut-être jamais créer de mes mains. Je préfère m’offrir.

Vertige esthétique de Narcisse, bienheureuse parenthèse.

Découvrir mes multiples reflets, mes artefact à travers leurs regards, leurs interprétations, leurs gestes, leurs talents.

J’ai chaud maintenant, une goutte de sueur descend le long de mon dos, les projecteurs braqués sur mes jambes me brûlent les chairs. Les fourmillements se font plus intenses. Je vais changer de pose. Ne pas oublier que c’est moi qui décide. Qui pourrait assimiler ça à du plaisir ?
L’exhibition n’excite pas mes sens. Elle les apaise et élève mon esprit au-dessus de toute la boue dont mon corps de femelle se couvre si souvent.
Et ce silence ! Froid, implacable et rassurant à la fois : j’appartiens à cet instant, il me fige à jamais.
L’Eternité s’introduit dans le fil des secondes par cet instant, immobilité hors du temps, vide et mémoire du monde.
Leurs multiples représentations m’instrumentalisent, me déforment, me reforment, me fragmentent et me complètent, m’absorbent et me détruisent… elles fixent ma trace, mes avatars en deux dimensions, elles m’éloignent du monde, me libèrent du réel pour mieux le retrouver, me retrouver.

Je ne veux pas voir ce qu’ils tracent, appliqués, sur leurs planches, encore moins garder les exemplaires qu’ils m’offrent parfois à la fin du cours. Je me fiche qu’ils me rendent plaisante, je veux qu’ils me rendent présente ! Nue et crue…
Je veux seulement des regards aiguisés, mon corps rendu objet, intellectualisé par cet intérêt anatomique dépourvu de toute pulsion animale, de tout désir de l’un à l’autre.
Elévation : hors corps, in-hymen, je n’existe plus que par le lien ténu qui me relie à leurs esprits. Qu’il peut être puissant et salvateur le regard humain !
Ni belle, ni laide, ni bonne, ni mauvaise, je suis, tout simplement.
J’aime être ainsi, prisonnière de mon enveloppe, plantée, enracinée, terrifiante de mutité : une chose.

Anesthésiée, je sens enfin que je ne sens plus rien.

Nature morte.

Une voix s’élève : « plus que cinq minutes ! » le réel va nous rattraper, nous happer à nouveau dans sa sarabande aveugle.

Une fois encore, je baisse les paupières et ramasse le peignoir que je vais tenir fermement serré jusqu’à mon cou pendant qu’ils défileront devant la table. J’ai à nouveau des yeux, une voix, un sourire. J’ai le sentiment de m’éveiller d’un songe, encore engourdie. Leurs regards tout à l’heure pénétrants et crus sont si timides et fuyants maintenant qu’ils croisent le mien… se souviennent-ils qu’ils m’ont possédée, dévorée, incorporée ?

Sacrifice, muse vénale, prostitution… je les ai entendus maintes fois ces termes qui qualifiaient ce que je me plaisais à faire. Même au moment où le professeur laisse tomber dans une large enveloppe les pièces sonnantes, leur musique n’engendre aucune honte. C’est plutôt un chant de victoire : ma nudité exposée peut tuer le désir primaire, tuer l’amour naissant, se pervertir, se représenter mille fois pour atteindre peut-être l’image d’un Idéal.
Pause-pose, tension, déséquilibre dans ma vie de mortelle.

Etat de grâce que ce douloureux et délicieux temps de pose… plus de passion, plus de pleurs, plus de regards brûlants, juste une bulle, une carapace autour de mon cœur mutilé.
Avant que le voile ne se déchire à nouveau sur la trivialité des choses, mon esprit s’abreuve, se nourrit et s’élève. Mes fleurs les plus belles n’éclosent que dans ce que certains nomment la décadence.

Cara Mia

nus_a_la_lune

Posté par Cara Mia à 09:51 - En eaux claires - Commentaires [36] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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