22 novembre 2007
Précieuse
« Ce qu’il voulait, c’étaient des couleurs dont l’expression s’affirmât aux lumières factices des lampes (…) car il ne vivait guère que la nuit. »
(Huysmans. A rebours.)
Tu m’aimes comme ça, je le sais.
Lorsque je sors pressée de la salle de bains et que je viens, comme un chat impatient, me sécher et m’alanguir près du feu.
Je me dresse et offre impudiquement chaque parcelle humide de mon corps à la lueur brûlante des flammes, sarabande de nuances dorées et changeantes qui viennent parer ma peau nue. Tu es là, derrière moi, je sens ton regard glisser avec chaque goutte qui perle de mes cheveux, le long de mon dos pour s’attarder à la cambrure de mes reins puis, descendre encore… Intrépide voyageur, tu contemples ton décor, mon paysage mouvant.
Tu m’aimes, précieuse.
Vêtue de ma seule peau et de mes bijoux pour parure.
Salomé artificieuse et passive.
Encadrée de ton univers familier, exposée sous un éclairage de choix, offerte à mille nuances possibles. Chaque recoin de moi t’appartient déjà : des petits diamants d’eau qui gouttent encore de mes cils en passant par chaque pierre rencontrée au détour d’une courbe, d’un creux.
Tu les aimes, tous les feux qui pourront faire briller indéfiniment cet univers minéral dont tu m’as pourvue. Ceux des flammes, ceux de la lune qui nous observe, coquine, par l’étroite fenêtre. Entre la chaude lumière orangée du foyer qui danse côté face et la froide clarté sélène et bleutée qui m’enveloppe côté pile, je demeure immobile à ta vue, prisonnière consentante de mes entraves. De tes yeux d’esthète, tu quêtes la ligne, cette démarcation fictive entre les deux tons complémentaires qui illuminent mon corps en une exaltation réciproque
Tu approches.
Frissons anticipés.
Dans le bleu…
Ondoiements opalescents.
Ton doigt suit tel un pinceau léger les sombres ramifications tribales qui ornent mon dos, contourne une hanche, égrène un à un les minuscules maillons de la chaîne d’or qui ceint ma taille, puis celle de ma cheville. Tu te redresses soudain et te plaque contre mon dos, levant mes bras obéissants au dessus de nous. Je sais que ton regard s’attarde sur le miroitement des joyaux disséminées sur mes doigts et mes poignets, mille étoiles toutes saphir à la face de l’astre de la nuit.
Frissons incarnés.
Dans l’orangé…
Sarabandes mordorées.
Tes mains possessives soulignent les contours de mon visage brûlant, se perdent dans la jungle de ma chevelure qui se colle telle des langues humides à ma peau, à ta peau… tes doigts se rejoignent alors sur la rivière de ma gorge et tu englobes, comme un calice écarlate, ce bijou aux entrelacs compliqués que tu adores. Quand tu te décides à poursuivre le voyage, j’ose à peine respirer tellement le contact de tes mains fraîches sur ma peau ardente me saisit. Tu te repais de mon silence, de mon immobilité de statue docile. Comme l’artiste appliqué ou le géologue consciencieux, tu m’effleures patiemment, tu me sculptes et me dessines, tu recherches chaque empreinte, chaque braise chatoyante, chaque liqueur odorante que tu as semées pour les raviver du bout des yeux, des doigts, de la langue… à genoux devant moi, enivré de couleurs et de parfums, tu contemples enfin mon ventre comme le centre d’un monde. La lueur mate des volutes gravées dans ma chair, l’éclat mordoré de la chaîne, le rubis caché au creux du nombril… ta vue, tes mains se perdent et un instant, tu viens accrocher mon regard. Mais que pourrais-je y lire d’autre à ce moment-là ? Dans la pénombre, mes yeux d’obsidienne ne sont que deux trésors de plus à posséder.
Ainsi tendue vers le ciel, en attente de toi, je me demande alors si tu ignores que les bijoux réels ou dessinés sont les multiples symboles du calvaire de Prométhée, enchaîné à la pierre, percé de plaies toujours béantes, tatoué de sang pour expier sa démesure, son envie d’homme, son vœu de possession.
Je me demande également si toi, mon alchimiste, mon amant sophistiqué, tu pourrais m’aimer aussi sans paraître.
Si tu me laissais un peu être…
Cara Mia
Commentaires
C'est des plus agréablement ecrit ..j'aime beaucoup la façon dont tu t'exprimes!
Ambiance
Ambiance, vive, agréable et ensoleillée ...
Bravo
Je t'embrasse
Angélique
Et moi qui n'aimais pas les bijoux...
Parure
Mais est-ce bien ta parure qui le retient près de toi ?...N'est-ce pas plutôt ta nudité offerte (ou cachée) par ces ornements ?...
Ah l'amour du Jeu/Je...sourire
A Ashtarte
Heureuse que mon style te plaise... ce texte est "précieux" pour moi, ce fut le premier. Merci infiniment.
A Angélique
Merci de ton appréciation... ensoleillée, on ne me l'avait jamais dit ! Mais il est vrai que la nuit à d'autres feux qui peuvent dépasser en intensité les rayons solaires sur nos coeurs et nos sens. Bises.
A Miss Pélisse
Dois-je comprendre que vous les aimez un peu mieux à présent ? Je vous embrasse.
A Volcane
Je dirais que dans cette histoire, c'est l'amour du corps-miroir qui enchaîne l'homme. Le corps aimé se fait lui-même parure dans l'acte charnel pour satisfaire son désir de paraître et de possession. Et tu as raison pour la perspective du jeu/je... Je t'embrasse et merci.
ah!
Je lis les pseudos et les coms sur les blogs, et un jour une visite surprise sur mon blog, qui est à des années lumière du style de celui-ci.
Ce blog est une surprise pour moi. Une présentation soignée, une écriture très affirmée, et des photos esthétiquement agréables à regarder.
A très bientôt. Douce nuit.
Envie...
J'espére qu'il fera froid et humide ce week-end, que j'allume la cheminée aux feux orange et aux reflets bleutés...
Moi
je suis sûr que ce qui trouble (troublerait, troublera) la personne qui vous voit ainsi - ou celle(s) qui vous verra aussi - c'est autant ce bel écrin que vous êtes vous-même Cara, que les bijoux ou les décors tatoo que ce corps écrin contient ! Bises libertines.
Précieuse et vôtre
A Loup-Julien, de clic en aiguille, m'a curiosité s'est piquée de votre chez vous... Merci pour votre visite et vos jolis compliments. J'aime les mots et les images, la frontière entre les univers de chacun n'est pas si épaisse après tout. Bises.
A Flint, oui, une idée de circonstance, j'ai bien fait de publier ce texte moi ;-) Pour les reflets bleutés de la lune, encore faut-il qu'elle se montre... Je t'embrasse.
A Valmont, quand l'écrin se fait joyau lui-même, le trouble ne peut qu'être plus conséquent, plus complet... je vous l'accorde. Merci pour vos mots. Baisers rendus.
Pensées d'O
..sublime écrit d'émois...un passage à l'O...
Parue et paré d'un joyau que seul l'yeux de celui qui savoure ce corps puisse dire les mots qui raisonnent...
Nous nous ne pouvons qu'être silencieux de ce bijou...Vous...
Tendrement Votre
Tous les textes que l'on écrit sont "Précieux" car se sont nos trips que l' on donne. Je compare cela à un accouchement .
Que dire de plus
j'adore, ce texte,je m'en suis délectée du début à la fin. Serais-je un jour,capable de pouvoir coucher sur du papier de tels instants magiques, et merveilleux? Je ne le crois! Je me contenterais donc de mes simples mots pour continuer d'écrire! Ha si le talent s'était penché sur mon berceau! Bisous doux!
waow...
Magnifique...
Le texte est superbement écrit, et quelle photo !j'adooore !
Bisouuxxxx
Fleur du Mâle
Spéciale Dédicace
Compte sur moi pour t'envoyer une p'tite photo pour ton album !
ça va être un vrai fesses-tival de belles paires !
bisouxxx et bon week-end
Fleur du Mâle
Juste en passant, pour donner un signe, mais je ne peux commenter un si bel écrit... un joyau de plus, une petite perle roule...sur ma joue...
Merci
Nous avons
deux points communs alors! L'ile de beauté et le sud! Re-bisous ici!
...
Je reste sans voix.... comme éblouie par ce texte magnifique
Tu es une vraie magicienne des mots toi tu sais, quel plaisir de te lire
Je t'embrasse, totue rêveuse de cette "précieuse" que tu sublimes
Chers tous
MdesSens, merci pour ce tendre silence du passage à l'O...
Ashtarte, pour l'avoir vécu par deux fois, oui, c'est vrai... c'est étrange que tu dises cela, je faisais cette réflexion sur le site de poésie où je publie il y a quelques temps à peine ;-)
Josée, pas de quoi s'incliner lorsqu'on écrit avec les mots du coeur, comme toi... les fées sont là pour se pencher sur tout le monde, il suffit parfois de juste les écouter... L'île de Beauté, un nouveau point commun alors !
Merci Fleur du mâle pour tes mots et la "spéciale dédicace", j'attends ton courrier ;-)
Narracoeur, je suis touchée que mon texte ait suscité ton émotion, ta petite perle en est le plus beau joyau, c'est toujours le lecteur qui fait vivre un écrit selon moi. Merci.
Soleil de Juillet, "magicienne"... j'apprécie le compliment sachant que ces créatures sont envoûtantes. Si mes mots seuls peuvent produire cela alors je suis comblée.
A tous, merci mille fois, faites de doux rêves...
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