16 novembre 2007
Vertige
« Je suis là… tu m’ouvres ?
- … Non ! »
Vertige…
Pas déjà !
Sa voix est chaude, vibrante, sensuelle, plus que d’ordinaire… Je me doutais bien que quelque chose était différent dans ses inflexions. Un ‘je ne sais quoi’ qui devait le faire sourire tout en me parlant. Depuis de longues minutes déjà nous parlions au téléphone. Il était en route vers moi. Des semaines que nous les attendions ces retrouvailles d’inconnus qui se ressemblent. L’impatience était montée, fébrile, exaltante et dangereuse. Je n’étais plus moi-même depuis la veille. La tête ailleurs, je préparais son arrivée comme un rite : la place des choses, l’ambiance, tout ce qui allait constituer notre bulle pendant ce week-end. Et… il devait arriver à midi. Je regarde la pendule : neuf heures, il avait roulé de nuit pour me faire cette surprise qui devait être longuement préméditée.
Ma tête tourne… je suis en t-shirt, nue en-dessous, ‘nature-peinture’ comme je dis.
« Alors, tu m’ouvres ce portail ?
- Non, ce n’est pas possible, tu n’es pas en bas, tu me fais marcher… !
- Si je te dis que tu as une voiture blanche garée à droite dans l’allée et un chat gris sur les escaliers, tu me crois ? »
Une nuée d’insectes vibrant envahissent mon bas-ventre… je ne réponds pas.
Me déshabiller précipitamment, chercher n’importe quoi dans mon tiroir à fanfreluches et puis hésiter…
Le silence… Ecouter les bruits de la maison, une main caressant le mur, attendre que ma respiration se calme, que les battements de mon cœur la suivent.
Je savais que j’aurais pu patienter jusqu’à l’affolement des sens toute cette matinée. Mais là, je suis heureuse, tellement, de savoir qu’il n’est qu’à quelques secondes, quelques mètres de moi… et tellement effrayée !
Sentir cette peur de déplaire me vriller l’esprit, le doute me vriller les tempes.
Respirer. Doucement. Les yeux fermés pour calmer mes frayeurs.
« Si tu ne m’ouvres pas, je saute le portail ! »
Monsieur n’aime pas que je tienne la laisse (sourire), il va monter à l’assaut de ma tour d’ivoire !
« Et bien saute, je ne t’ouvre pas la porte… »
Il l’ignore mais elle est déjà ouverte…
J’ai entendu son escalade en bas, il a raccroché.
Et je me réfugie dans ma salle de bains, essoufflée comme après une longue course, enfiévrée comme à l’issue des étreintes les plus sauvages.
Et cette envie de sa peau qui balaye tout : elle est fulgurante ! Sous ma main, les carreaux froids deviennent vivants, vibrants, la pulpe de mes doigts les caresse nonchalamment.
J’imagine alors des gestes qui en entraîneront d’autres et je n’ose pas ouvrir les yeux.
J’ai peur de briser cette fragile exaltation qui vient de naître en moi : l’attente est brûlante et extatique, mes reins papillonnent encore de ce vertige inattendu.
Où me touchera-t-il d’abord ? Cette montée de sexe en appellera une autre… Nous n’allons pas parler, je le sais, c’est trop fort. Electrisée, je crains d’exploser à l’instant s’il me touche… ou s’il ne me touche pas.
C’est alors que j’entends ses pas. Surtout, ne pas ouvrir les yeux et croiser mon visage dans le miroir, un regard qui briserait la magie.
Il se profile dans l’entrée, je le sens, il fonce vers moi comme un rapace avide trop longtemps contenu… puis son souffle chaud dans mon cou : je l’attendais !
Mon corps tendu comme un arc se libère enfin et peut s’amarrer à lui, déjà humide et labouré d’attente cruelle.
Il s’assoit sur le rebord de la baignoire, relève mon visage empêtré dans une masse de cheveux indisciplinés et me dit quelque chose sur ma moue dépitée, mon naturel… quelque chose que mes lèvres boivent à même les siennes lorsqu’il m’attire doucement à lui, ses mains audacieuses s’encombrant peu du t-shirt qui a fini je ne sais où… La matinée ne serait pas si longue après tout.
Cara Mia
Commentaires
Mais alors...
... Et le chat gris, dans tout ça, qu'est-ce qu'il dit ?
Quel plaisir de te lire.
Quelle charmante fébrilité, quelle émotion.
Le chat ?
Gageons qu'il s'en est allé trouver la jolie chatte. Tu sais ? Celle de la voisine...
(lui aussi dut sauter au dessus du portail, mais ça il le fait avec tout le naturel que les félins savent mettre dans tous leurs gestes ;) )
Bonjour Cara Mia,
Depuis peu, je te lis en silence et, après avoir lu ton nouveau billet, je ne pu m'empêcher de laisser un petit mot chez toi.
Saches que c'est vraiement un grand plaisir de te lire.
Ta délicatesse, ta passion, ta féminité, ...
Bonne journée... heum... plutôt, bonne fin d'après midi.
Une matinée
Une matinée fort interessante... on imagine assez bien la suite.
Fébrilité...
Cet état de fébrilité, qu'on aimerait faire durer... les pensées qui s'emmêlent, le coeur qui vibre, le corps qui lutte... Cette attente délicieuse...
Délicate et fougueuse
Ainsi tu es très belle et désirable.
A vous six
Eronaute, vous n'avez donc que ça à dire ? (sourire) Mon chat ne parle pas, c'est un voyeur... Je vous embrasse.
Libertin, mon émotion n'a eu d'égale que la suite des événements... Bises.
Kattig, merci de m'avoir lue et surtout de tes gentils mots. Au plaisir de se croiser ici ou chez toi.
Ashtarte, donner à imaginer, c'est fait pour... Merci de ta visite qui m'enchante, à bientôt j'espère.
Miss Pélisse, ravie de te trouver en mes pages... j'ai essayé de décrire cet état au mieux, il est vrai que ce moment arraché au temps est aussi envoûtant et explosif pour le coeur que ce qui suit pour le corps. Bises.
Volcane, heureuse que tu aies pu ressentir mes émotions, fragilité, fébrilité, à fleur de peau. Ton compliment me charme. Je t'embrasse.
A tous, merci et belle nuit.
wahoo!
J'ai vécu cet instant avec toi en te lisant, tellement c'est bien raconté! Tu vas pas me croire mais j'ai le coeur qui s'est mis a s'accelerer en meme tant que je lisais, en imaginant la meme scene chez moi! Bravo Cara Mia, beau talent d'écriture! Passe un superbe week-end! Bisous!
La journée
commence même très bien. Bises libertines.
A Josée
Merci de t'être laissée ainsi emporter, ça me fait très plaisir que mes écrits soient "vécus" et appréciés, les mots peuvent être vecteurs d'émotions comme les caresses, j'en fait mon cheval de bataille (rire) Belle journée à toi, douce amie.
A Valmont
Oui... pour toi ? Moi, j'aimerais bien que ma journée commence plus souvent comme ça également. Bises.
Escalade amoureuse...
J'aime bien le romanesque de ton récit, l'escalade du portail, la surprise de l'arrivée impromptue, l'audace de ces baisers et de ces caresses, le coeur qui bat...
Je me verrai bien dans ce rôle, jamais la ou on l'attend, jouant de la surprise et du désir...
Mais juste une question quand il est reparti, tu lui as dit que la porte était ouverte, ou bien as t'il escaladé encore le portail de ton amour ???
Bonjour Cara Mia,
Je me permet de te souhaiter un bon Dimanche.
Il ne fait pas trop froid chez toi?
Chez moi, ces temps ci, il y a beaucoup de vent...
Bisous à la kattig!
A Flint
Tu t'y verrais... ? Tu dois être un homme plein de surprises alors... Il est reparti par la porte je présume, je n'aime pas les au-revoir. Mais il escalade mon coeur, sans aucun doute. Belle journée à toi.
A Kattig
C'est gentil de passer me laisser un petit mot. Un temps superbe dans ma campagne, soleil en terrasse... j'attends la fin de la sieste et je file dehors ! Bises et merci.
Sortie
J'espère que ta promenade s'est bien passée.
La campagne! C'est superbe! Cela doit être très reposant contrairement à la ville.
Bisous à la façon des anglais:
xxxxx
Ce texte est extra ! Il montre bien le vertige qui peut saisir quand on est partagée entre deux émotions disctinctes, l'une qui est faite de désir qu'on donnerait n'importe quoi pour assouvir et l'autre qui nous pousse à fuir car on a peur de déplaire en nous montrant vraiment nous même.
Vraiment très sympa à lire !
A vous deux
Kattig, merci pour ces bises anglaises... Bises italiennes pour toi.
Ondes sensuelles, bienvenue par ici, tes compliments et ta lecture me font un grand plaisir. A très bientôt, j'ai ton adresse ;-)
http://mauxetmerveille.canalblog.com
ou l'on passe de l'attente à la rencontre... ou l'envie devient le don... bises à toi
inversion
une petite erreur de case...sourire
A Petite Squaw
Aucun souci... je suis ravie de ta visite et de ta lecture. Bisous rendus.
GLUPS
"Et cette envie de sa peau qui balaye tout : elle est fulgurante ! Sous ma main, les carreaux froids deviennent vivants, vibrants, la pulpe de mes doigts les caresse nonchalamment.
J’imagine alors des gestes qui en entraîneront d’autres et je n’ose pas ouvrir les yeux.
J’ai peur de briser cette fragile exaltation qui vient de naître en moi : l’attente est brûlante et extatique, mes reins papillonnent encore de ce vertige inattendu.
Où me touchera-t-il d’abord ? Cette montée de sexe en appellera une autre… Nous n’allons pas parler, je le sais, c’est trop fort. Electrisée, je crains d’exploser à l’instant s’il me touche… ou s’il ne me touche pas."
comment fais tu pour décrire si bien cette scène enfouie au fond de ma mémoire ?????? je suis sidérée !
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